Procès du 13 novembre: «mon fils était un gentil garçon», soutient le père de l'artificier

ATS

15.12.2021 - 08:29

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15.12.2021 - 08:29

Comment un «bon enfant» a-t-il pu devenir un des maillons essentiels des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 en France puis, quelques mois plus tard, se faire exploser à l'aéroport de Bruxelles ? Le père de Najim Laachraoui a tenté mardi d'apporter des réponses devant la cour d'assises spéciale de Paris.

epa09454588 Policemen arrive at the courthouse in Paris, France, 08 September 2021. The trial over the 13 November 2015 terrorist attacks is set to begin on 08 September and will last nine months. 130 people were killed and hundreds were injured in a series of coordinated attacks targeting the Bataclan concert hall, the Stade de France national sports stadium, and several restaurants and bars. EPA/IAN LANGSDON
Onze hommes – essentiellement des complices présumés, et un membre du commando jihadistes – comparaissent depuis plusieurs mois dans le procès des attentats dits du 13 novembre, survenus en 2015 à Paris et au Stade de France (au nord de la capitale)
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Onze hommes – essentiellement des complices présumés, et un membre du commando jihadistes – comparaissent depuis plusieurs mois dans le procès des attentats dits du 13 novembre, survenus en 2015 à Paris et au Stade de France (au nord de la capitale), et ayant tué 130 personnes. Ces attentats avaient été revendiqués par le groupe Etat islamique (EI).



«Monsieur le président, mon fils était un gentil garçon. Il a été endoctriné». Le visage mangé par de grosses lunettes et un masque blanc, ne quittant pas sa parka noire, Driss Laachraoui, 66 ans, résidant à Bruxelles, est venu parler de son fils dont l'ombre plane au procès du 13 novembre. Le «gentil garçon» est considéré comme l'artificier des assaillants des attentats du 13 novembre.

Des traces de son ADN ont été retrouvées dans différentes planques utilisées par les «kamikazes» avec lesquels il fut en lien téléphonique juste avant l'attaque du Bataclan. L'enquête a démontré qu'il fut aussi l'un des geôliers des quatre journalistes français retenus en otages en Syrie en avril 2014. Et le 22 mars 2016, il fut l'un des deux jihadistes qui ont déclenché leur gilet explosif à l'aéroport de Zaventem.

Niveau scolaire en baisse

Le président Jean-Louis Périès aimerait avoir des précisions sur l'endoctrinement de Najim Laachraoui. «C'était sur le plan politique, religieux, sur l'islam?», demande-t-il. «Je ne sais pas. C'était général. C'était sur la religion», répond le père, désemparé.

«Je ne sais pas ce qui l'a endoctriné. C'est un point d'interrogation. Ça s'est passé à Bruxelles. A Molenbeek. J'ai des doutes mais j'ai pas de preuves», ajoute l'homme aux cheveux gris, évoquant une mosquée salafiste de cette commune de Bruxelles.

Ce dont il se souvient c'est qu'à un moment donné, le niveau scolaire de son fils, alors en terminale, a diminué. A partir de là, dit-il, «c'est comme si je parlais à un mur». Petit à petit le père et le fils n'ont «plus de dialogue du tout».

«Combattre Bachar al-Assad»

Driss Laachraoui raconte avoir coupé le wifi à la maison pour que son fils cesse de regarder internet. Finalement il en a rebranché l'accès pour ne pas pénaliser ses autres enfants (dont Mourad Laachraoui, champion d'Europe de taekwondo). «Et puis, ajoute Driss Laachraoui, fataliste, il serait allé regarder internet ailleurs».

En février 2013, Najim Laachraoui, annonce à son père qu'il part pour la Syrie afin «de combattre Bachar al-Assad». Il a 21 ans. «J'ai essayé de le retenir, j'ai essayé de le raisonner mais il ne voulait rien savoir. Je lui ai dit: qu'est-ce que tu vas faire tout seul contre Bachar al-Assad? Bachar al-Assad il a des avions», dit le père, impuissant.

«Vous avez essayé de lui prendre ses papiers d'identité?», insiste le président. «Je lui ai pris son passeport», confirme Driss Laachraoui. «Et il est parti quand même?», poursuit Jean-Louis Périès. «Oui, il est parti en Syrie via la Turquie», répond le père.

«Comment votre fils Najim a-t-il payé son voyage en Syrie?», se demande une assesseure. «Je ne sais pas moi, il faut demander aux gens qui l'ont intoxiqué, endoctriné. Je ne lui ai pas donné d'argent, moi», répond le père offusqué.

Route des migrants

On interroge M. Laachraoui sur l'activité de geôlier de son fils en Syrie. «J'ai vu ça aux informations. C'est affreux. Moi j'ai vu comment il était à 17-18 ans et ce qu'il est devenu», dit-il avec tristesse. La dernière fois que Driss Laachraoui a eu des nouvelles de son fils Najim, ce fut en août 2015. «Vous a-t-il dit qu'il comptait rentrer» en Europe?. «Non!», répond Driss Laachraoui.

L'enquête a démontré que Najim Laachraoui avait quitté la Syrie en septembre 2015 en empruntant «la route des migrants» pour rejoindre l'Europe.

«Qu'est-ce que cela a changé pour votre famille?», demande une avocate. «Ça change tout, madame. C'est catastrophique», répond-il.

A la fin de l'audience, marquée encore une fois par les absences de Salah Abdeslam et Osama Krayem qui refusent de comparaître depuis le 25 novembre, la Cour a examiné une demande de remise en liberté d'un des accusés, Farid Kharkhach, qui a reconnu avoir fourni des faux papiers à plusieurs accusés. La Cour fera connaître sa décision «dans les prochains jours», a dit M. Périès.



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