Pôle Nord

La Russie et l'OTAN à l'origine d'une nouvelle guerre froide dans l'Arctique

Philipp Dahm

12.10.2018

Sous-marins d'espionnage, provocations militaires, montagnes de dollars et rhétorique de guerre? On se croirait dans un film de la saga James Bond, mais c'est pourtant l'amère réalité: la Russie et l'OTAN se préparent actuellement à jouer un jeu dangereux dans l'Arctique.

Londres envoie des unités spéciales dans le Grand Nord, le Royaume-Uni va déployer 800 troupes de commandos en Norvège – cette annonce marque une rupture, car c'est la première fois que des soldats étrangers établiront leur camp de base dans le pays depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. «Nous voulons envoyer un "avertissement" à Moscou», a déclaré le ministre de la Défense Gavin Williamson lorsqu'il a présenté sa nouvelle stratégie pour l'Arctique au «Sunday Telegraph».

Le 539e Escadron d'assaut britannique des Royal Marines en 2016, au cours d'une manœuvre à Harstad, en Norvège.
Le 539e Escadron d'assaut britannique des Royal Marines en 2016, au cours d'une manœuvre à Harstad, en Norvège.
Bild: Royal Navy

Lors d'une réunion organisée par les conservateurs, Gavin Williamson n'a pas hésité à en remettre une couche: «C'est une des plus grandes menaces à laquelle nous faisons face aujourd'hui. Nous ne laisserons pas le Kremlin réécrire la fin de la guerre froide», a cité le portail de l'armée «Forces Network», reprenant ses propos. Son ministère est en état d'alerte depuis que l'article «Sur un terrain glissant: la défense britannique dans l'Arctique» a reproché à l'OTAN d'être mal positionné sur son flanc nord. Résultat: «Le Royaume-Uni doit faire preuve de plus d'ambition en matière de sécurité dans l'Arctique.»

Alors que cette année, la Russie a procédé à son plus important exercice militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'OTAN se prépare désormais au conflit dans le cadre de la manœuvre «Trident Juncture», réunissant 40'000 hommes, 10'000 véhicules et 150 avions de chasse. Même des pays neutres comme la Finlande et la Suède prennent part aux exercices, a rapporté «Breaking Defense». Si la Scandinavie est si nerveuse, ce n'est pas pour rien: depuis que l'OTAN a renforcé sa présence dans les pays baltes, il règne un climat de tension à la frontière avec le Grand Nord.

En mars 2017, Moscou a réagi en simulant des attaques sur la station radar norvégienne de Vardø, installée par les États-Unis. D'après «The Barents Observer», deux mois plus tard, douze avions de chasse russes prenaient pour cible une flotte de l'OTAN qui organisait une manœuvre au large de la côte. Une semaine plus tard, des avions militaires en provenance de Moscou venaient perturber la manœuvre «Arctic Challenge», à laquelle participaient des avions de chasse norvégiens, finlandais et suédois.

22 milliards de dollars de matières premières

En réalité, le Kremlin est de nouveau très actif dans l'Arctique: il a réactivé des camps de base abandonnés datant de l'époque soviétique, construit de nouvelles bases et agrandi les bases existantes. En mars 2017, lors du baptême du navire «Kazan», l'amiral Vladimir Korolyov a annoncé qu'en 2016, avec 300 jours de patrouille, les sous-marins russes avaient à nouveau atteint le niveau d'activité enregistré par la flotte sous-marine durant la guerre froide.

Poutine présente le RS-28 Sarmat, aussi appelé Satan 2

En mars 2018, le président Vladimir Poutine a présenté personnellement le nouveau missile intercontinental Sarmat, qui peut atteindre une vitesse de plus de 25'000 km/h, devrait être équipé de la technologie furtive et peut emporter 10 à 24 têtes explosives. Les nouveaux missiles anti-navire Oniks, qui seraient très difficiles à intercepter, constituent également une source d'inquiétude pour l'OTAN. Ils peuvent atteindre une vitesse de 2000 km/h à faible altitude.

«Ces dernières années, nous avons entrepris un important réarmement», a résumé le porte-parole de l'OTAN Dylan White. Il n'est pas étonnant que non seulement les huit pays limitrophes de l'Arctique, mais également Washington et même Pékin s'établissent dans le Grand Nord: on estime qu'il y a sur place pour 22 milliards de dollars de matières premières. Le «Marine Corps Times» est donc ravi que le Pentagone mette lui aussi le cap sur le Grand Nord: «L'armée américaine se concentre à nouveau sur l'Arctique, tout comme l'Europe.»

Demande de preuves géologiques

Le changement climatique transforme la région, le réchauffement a raison de nouveaux territoires et la perspective de matières premières accessibles suscite bien des convoitises. On pense que 13 pour cent des réserves de pétrole non découvertes et 30 pour cent des réserves de gaz encore inconnues se trouvent dans l'Arctique. La réduction de la couverture glaciaire va permettre l'extraction de minéraux, mais a également fait ressurgir les vestiges d'une ancienne station météorologique nazie. Et l'histoire se répète: en avril, la Russie a inauguré une immense base militaire à proximité.

Le camp de base de Nagourskoïé, situé dans l'archipel François-Joseph.
Le camp de base de Nagourskoïé, situé dans l'archipel François-Joseph.
Russsisches Verteidigungsministerium

Les États de l'Arctique ont également pris position sur le plan juridique. Si les questions territoriales sont réglées depuis que la Russie et la Norvège se sont mises d'accord sur la délimitation de leurs frontières en 2010 et que chaque nation peut exploiter une zone de 200 milles nautiques, définie dans le droit maritime, il suffit qu'un pays puisse prouver qu'un fond marin se trouve sur sa plaque continentale pour que cette zone soit étendue. Les derniers kilomètres carrés disponibles au pôle Nord font désormais l'objet de discussions.

Des ours polaires rendent visite à l'USS Honolulu, à proximité du pôle Nord.
Des ours polaires rendent visite à l'USS Honolulu, à proximité du pôle Nord.
US Navy

L'OTAN souffre de problèmes internes

La dorsale de Lomonossov constitue un point sensible: le Canada, le Danemark et la Russie prétendent chacun que la dorsale océanique de 1800 kilomètres de long se situe sur leur plaque respective. À chaque fois qu'ils voient Vladimir Poutine revendiquer ses droits en plantant un drapeau russe sous l'eau, ses voisins tremblent, surtout depuis l'annexion de la Crimée.

Une situation que les problèmes internes au sein de l'OTAN sont loin d'apaiser. Depuis la fin de la guerre froide, ses membres n'ont plus investi dans l'armée. Ainsi, depuis 2015, Londres a déjà dû demander plusieurs fois à Paris d'envoyer des avions de patrouille maritime pour suivre un sous-marin russe qui avait pénétré dans les eaux territoriales britanniques. En 2010, plusieurs avions de type Nimrod ont été vendus pour des raisons de coût.

L'heure est au réarmement

Seule solution: l'armement. Et tous s'y mettent. Alors que les Norvégiens ont acheté des avions de chasse F-35 aux États-Unis et des sous-marins en Allemagne, «Business Insider» a rapporté que les Britanniques envisageaient de se procurer des avions de patrouille maritime P-8A Poseidon et aimeraient armer leur flotte de sous-marins pour une valeur de 3,3 milliards de dollars. Comme l'a déclaré l'agence de presse «Reuters», la Norvège a commandé 52 avions de chasse F-35 à Washington et acheté quatre sous-marins allemands.

Petits, mais extrêmement silencieux grâce à leurs piles à combustible et leur propulsion électrique: en 2019, la Norvège va acheter pour cinq milliards de francs de sous-marins de type 212 à l'Allemagne.
Petits, mais extrêmement silencieux grâce à leurs piles à combustible et leur propulsion électrique: en 2019, la Norvège va acheter pour cinq milliards de francs de sous-marins de type 212 à l'Allemagne.
Keystone

Et la Russie riposte. Comme l'a confié le ministre de la Défense à la chaîne de télévision russe Zvezda en août dernier, cette année, la flotte du Nord devrait accueillir cinq nouveaux navires, 15 nouveaux avions de chasse et 62 installations radar et de défense aérienne. En outre, d'ici à 2025, trois sous-marins de la classe Boreï et cinq sous-marins de la classe Boreï II devraient être construits et trois nouvelles unités de missiles – équipées de missiles anti-navire de type 3K60 Bal et K300 Bastion – devraient être installées à proximité de la côte.

Revendications territoriales et armement dans l'Arctique.
Revendications territoriales et armement dans l'Arctique.
imgur.com/AwfrR49

Oslo observe la situation avec méfiance. «Il n'y a aucune raison de penser que des tensions pourraient éclater dans l'Arctique, mais si elles éclatent ailleurs, elles pourraient facilement se poursuivre ici», pense la ministre des Affaires étrangères Ine Eriksen Soerei. C'est pourquoi son gouvernement a également demandé au Pentagone de poster plusieurs GI au nord. Ces derniers devraient être basés à Troms, non loin de la frontière. La Russie a annoncé qu'en cas d'adoption d'une «mesure aussi hostile», il y aurait des «conséquences».

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