ICAN

«Le chantage nucléaire de Poutine est extrêmement dangereux »

ATS

9.3.2022 - 08:20

Le président russe Vladimir Poutine exerce un «chantage» nucléaire pour empêcher le monde d'aider l'Ukraine, un exercice «extrêmement dangereux», dénonce la responsable d'ICAN, récompensée du prix Nobel de la Paix en 2017.

Executive Director of the International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN), the 2017 Nobel Peace Prize winner Beatrice Fihn speaks during a press conference after a meeting with Belarusian opposition leader Sviatlana Tsikhanouskaya in Vilnius, Lithuania, Thursday, Feb. 3, 2022. (AP Photo/Mindaugas Kulbis)
«C'est extrêmement dangereux», estime Mme Fihn: «Non seulement c'est destiné à instiller de la peur dans le monde entier, mais il s'agit aussi de faire assez peur pour empêcher d'aider l'Ukraine.» (archives)
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9.3.2022 - 08:20

«Je pense que c'est un des moments les plus effrayants en termes d'armes nucléaires», a confié Béatrice Fihn, qui dirige la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), dans un entretien à l'AFP. Pour cette Suédoise de 40 ans, le niveau de menace nucléaire n'a jamais été aussi élevé et elle avoue que «c'est incroyablement inquiétant et pesant».

Quelques jours seulement après avoir lancé ses troupes contre l'Ukraine le 24 février, le président russe a mis en alerte toutes les composantes de la force de dissuasion.

Une décision «extrêmement inhabituelle», a souligné la cheffe du renseignement américain Avril Haines devant le Congrès mardi, soulignant que cela ne s'était pas produit «depuis les années 60».

«C'est extrêmement dangereux», estime Mme Fihn: «Non seulement c'est destiné à instiller de la peur dans le monde entier, mais il s'agit aussi de faire assez peur pour empêcher d'aider l'Ukraine.»

Terreur

Pour Mme Fihn, Vladimir Poutine a changé le paradigme de la dissuasion. Là où l'arsenal nucléaire devait empêcher un conflit, Moscou l'utilise pour le faciliter au contraire.

«La Russie l'utilise quasiment pour faire du chantage pour pouvoir envahir l'Ukraine et personne ne peut intervenir», analyse Mme Fihn et d'ajouter: «La menace nucléaire est maintenant utilisée de façon extrêmement malveillante et mauvaise, pour envahir illégalement un autre pays qui n'est pas doté de l'arme nucléaire.»

Mais pour l'instant elle pense qu'il est peu probable que le président russe ait recours à l'arme ultime. Mais «cela ne peut être exclu» et «nous commençons à craindre que cela n'arrive», avoue-t-elle.

«Des malentendus peuvent très vite s'amplifier» et nous pourrions «tomber dans l'utilisation du nucléaire par accident.»

«Cri d'alarme»

Mais à quelque chose malheur pourrait être bon, si cette crise sert de «cri d'alarme» et pousse les puissances nucléaires à désarmer. «Si nous survivons à cela, nous n'aurons pas toujours autant de chance», souligne la responsable d'Ican.

«Nous ne pouvons pas laisser des pays infliger cela à d'autres pays, pour la seule raison qu'ils ont des armes nucléaires», souligne t-elle. ICAN a remporté le Nobel de la paix pour avoir oeuvré sans relâche au Traité d'interdiction des armes nucléaires, qui a été ratifié par 59 pays, mais aucune des puissances nucléaires.

Mme Fihn affirme que depuis la crise, l'intérêt pour le traité a grandi et elle note que même des pays qui disposent de l'arme ultime ont critiqué le président Poutine.

«Je pense qu'il y a une brèche et que nous pouvons réellement commencer à travailler au désarmement», explique-t-elle, ajoutant qu'une fois le conflit achevé Moscou ne devrait pas être autorisé à garder son arsenal. «Ils vont devoir faire quelque chose pour pouvoir retourner au sein de la communauté internationale et ce quelque chose devrait être le désarmement nucléaire», espère la responsable.

En attendant, elle affirme recevoir de nombreux messages de gens inquiets et comment parler de la situation à leurs enfants. «Tout le monde est terrifié», selon Mme Fihn, qui reconnaît que la situation lui pèse: «J'ai passé les dix dernières années à parler de ce qui arrive quand une arme nucléaire est utilisée, ce qui arrive aux corps, ce qui arrive aux villes» et «je trouve que c'est très dur d'en parler maintenant».

ATS