Apprendre sans cours et sans profs, c'est comment? 

Valérie Passello

16.7.2021

L'École 42 est ouverte depuis le 6 juillet à Lausanne. Reportage au coeur de «la piscine», un grand bain de connaissances en développement informatique et en codage, où des étudiants de tous âges et aux trajectoires diverses ont choisi de plonger.

Valérie Passello

16.7.2021

«Je peux pas, j'ai piscine»: la phrase accrochée au fronton de la toute nouvelle École 42, à Lausanne, accueille le visiteur avec humour. Mais attention, à l'intérieur de la fameuse «piscine», ça ne rigole pas.

Une première volée de quelque 140 étudiants a investi les lieux le 6 juillet, chacun espérant décrocher son sésame au bout d'un mois, pour poursuivre ses études dans le domaine du développement informatique. 

Neuf jours après l'ouverture officielle, la Rédaction de Blue News est allée prendre la température au sein de cette école d'un genre nouveau. À travers les baies vitrées, des silhouettes se détachent.  Concentrés sur leurs écrans, casques vissés sur les oreilles, les participants sont à l'oeuvre. L'ambiance est studieuse. 



Au bout du corridor, des élèves se succèdent devant une caméra. Aujourd'hui, ils sont invités à livrer leur expérience pour les réseaux sociaux. Tous sont manifestement heureux d'être là et motivés à saisir leur chance. «Je me vois bien en informaticien travaillant sous les tropiques, sourit l'un d'entre eux. Mais avant cela, il y a du travail, des tas de compétences à acquérir.»

L'entraide est l'une des clés du succès

Plus loin, dans une salle, Maxime et Frédéric sont installés devant un poste de travail. Le premier a effectué «plusieurs petits jobs» avant d'intégrer l'école, dont l'activité d'infirmier. Le second était restaurateur avant l'arrivée du coronavirus. S'il ne se connaissaient pas il y a une semaine, ils semblent déjà fort complices.

C'est que tous deux vivent la même chose, à commencer par «la claque» qu'ils ont prise à leur arrivée. «En gros, on nous demande de nous installer devant l'ordinateur et de commencer à travailler», témoigne Frédéric. «C'est très exigeant, il faut de la rigueur. Car comme il n'y a pas de prof, personne n'est là pour vous prendre la main.»

Travailler d'accord, mais qu'est-ce que cela signifie concrètement? Faisant courir sa souris sur l'écran, Maxime détaille: «Le cheminement se fait par modules dont la difficulté va crescendo. Dans chacun d'entre eux, nous avons une fiche explicative ou une vidéo, ce qui équivaut à un cours donné par l'École 42. Il faut valider le module si l'on veut aller plus loin, soit obtenir une moyenne d'au moins 50% d'exercices résolus.»

«Ici, les élèves corrigent les élèves», reprend Frédéric. Les participants vérifient ce que font les autres et s'assurent que la matière est intégrée et comprise. «Il s'agit vraiment d'apprendre ensemble, poursuit-il. Nous sommes 140, ce qui signifie que dans l'école, 139 personnes peuvent me venir en aide.»

La Suisse, «le Bangladesh de l'informatique»

L'École 42 est ouverte 24 heures sur 24 et les étudiants sont libres de la fréquenter quand bon leur semble à la fréquence qu'ils souhaitent. Une semaine se rythme ainsi: travail individuel du lundi au vendredi à midi, puis travail en équipe le reste du temps. Gratuite, la formation peut durer jusqu'à cinq ans. Se démarquer pour aller plus loin que le premier mois de «piscine», tel est le but des deux compères. Mais ils savent qu'il y a beaucoup d'appelés pour peu d'élus.

Thomas, 52 ans, est l'un des doyens de la volée, dont la moyenne d'âge se situe aux environs de la trentaine. Électricien de formation vivant à Lausanne, lui aussi a rêvé d'intégrer l'Ecole 42, qui a fait ses preuves à Paris. «Quand je suis arrivé, je pensais assurer. Et j'ai été surpris par mon propre manque de rigueur», note-t-il. Mais il reste positif, car pour lui, apprendre de ses erreurs est un bon chemin vers le succès. 

Et le succès, c'est décrocher du travail dans l'informatique à la sortie. «C'est incroyable d'avoir une telle opportunité. Jusqu'ici, il n'existait pas vraiment de structure pour apprendre à coder, à moins de posséder des diplômes de grandes écoles. La Suisse, c'est un peu le Bangladesh de l'informatique.  Et puis cette formation est peut-être gratuite pour nous, mais elle coûte cher aux mécènes qui la financent», relève encore Thomas.

Quelques inconvénients, beaucoup d'avantages

Père de famille, Maxime se voit bien dans un poste de développeur, qu'il pourrait exercer à domicile: «J'ai déjà appris beaucoup de choses. Bien sûr, il y a des contraintes, comme la station assise toute la journée, qui peut être pénible. Mais pouvoir travailler à la maison me permettrait de voir plus souvent mes enfants et comme il y a peu de solutions de garde en Suisse, ça a ses avantages.»

Maxime évoque aussi l'avenir: «À court terme, j'aimerais vérifier si je suis bien à ma place dans ce domaine. Et à plus long terme, je rêve d'avoir de l'expérience et du travail!»

Thomas, quant à lui, est heureux de «se sentir utile». Déjà maintenant au sein de l'école, puis à l'avenir, lorsqu'il s'agira de résoudre des problèmes informatiques dans une entreprise. Il en est convaincu: «Tout le monde aura besoin de développeurs informatiques».