L'erreur est humaine... persévérer est diabolique 

Valérie Passello

15.4.2021

À l'heure où les sensibilités sont exacerbées par une crise sanitaire qui dure, à l'époque de la libération de la parole par les victimes de sexisme, de harcèlement, de viol ou d'inceste, peut-on encore commettre des erreurs? Il semblerait qu'aujourd'hui, avec la nouvelle et surpuissante tribune populaire des réseaux sociaux, les erreurs soient désormais considérées comme des fautes. Opinion.

Valérie Passello

15.4.2021

Il devient de plus en plus courant de demander justice sur les réseaux sociaux. (image d'illustration)
KEYSTONE

La Suisse, terre de politesse, de réserve, de calme et de neutralité, en prend un coup. En peu de temps, deux scandales ont fait trembler la terre romande. Et par la même occasion, chauffer les commentaires de tout poil sur les réseaux sociaux.

Il y a d'abord eu l'affaire Claude-Inga Barbey. L'humoriste a fait les frais d'un sketch sur le langage épicène, très mal perçu par la communauté LGBTQIA +. Au début de cette semaine, c'est un courrier de lecteur publié dans le quotidien La Liberté qui suscitait l'indignation de plusieurs collectifs, dont la grève féministe Fribourg ou Extinction rébellion. 



Nous ne reviendrons pas ici sur le fond de ces deux dossiers, pour le moins explosifs émotionnellement. Des sensibilités ont été heurtées, elles ont le droit de s'en indigner. 

"Errare humanum est, perseverare diabolicum"

«Errare humanum est», dit la locution latine, attribuée à Sénèque, mais vraisemblablement issue de la sagesse populaire. Oui, l'erreur est humaine. Mais il faut considérer cette maxime dans son entier pour en percevoir le sens profond. «Errare humanum est, perseverare diabolicum»: l'erreur est humaine, persévérer est diabolique. 

Dans les deux cas qui nous occupent, les personnes incriminées ont fait amende honorable. Sur le plateau de l'émission de la RTS «Infrarouge» du 24 mars, Claude-Inga Barbey s'est excusée, manifestement navrée que son message ait été compris à rebours de ses intentions. 

Le rédacteur en chef de La Liberté, Serge Gumy, a fait face à la «tornade» d'indignation en publiant un éditorial: «Nous avons sous-estimé l’évolution des sensibilités sur le sujet et commis par là-même une erreur d’appréciation dont j’assume l’entière responsabilité. Avec le recul, je l’admets, nous n’aurions pas dû publier cette lettre», y écrivait-il notamment.

Si Sénèque devait apprécier la réaction de l'humoriste ou du journaliste, sans doute ne les taxerait-il pas de diabolisme, puisqu'aucun des deux n'a «persévéré» dans son erreur. 

Le droit de se questionner

Oui, nous parlons bien d'erreur et pas de faute. L'erreur, c'est une maladresse, une boulette, un acte ou une parole malheureuse. Quelque chose qui, généralement, n'est pas intentionnel. La faute, revenons au latin, vient de «fallere», qui signifie tromper, décevoir, duper. Il s'agit d'un manquement ou d'une atteinte à une règle ou à une loi, qui peut être volontaire. 

À la lueur de ces deux affaires, tout comme d'aucuns ont le droit de s'indigner, chacun est en droit de se questionner.  

Doit-on bannir à tout jamais une humoriste, remettre en cause tout le travail qu'elle a accompli jusqu'ici, pour une maladresse dont elle s'est excusée publiquement? Faut-il demander la démission d'un rédacteur en chef, alors qu'il a reconnu son erreur dans un édito?

C'est ce que réclament certains de leurs détracteurs sur les réseaux sociaux. Sans évoquer les insultes et autres menaces qui y circulent, ces plateformes, on ne peut le nier, sont devenues un nouvel espace de parole pour ceux que l'on n'entendait pas auparavant.  

Un espace de parole, soit. Un tribunal, certainement pas.