Funeste intestin: quand votre ventre vous fait souffrir

Kerstin Degen

12.10.2018 - 10:49

Les troubles digestifs sont très répandus, toutefois leur origine n’est que rarement connue. (Image)
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Douleurs intestinales nocturnes, ballonnements, lourdeurs d’estomac ou manque d’appétit? Il s’avère que 15% des Suisses et Suissesses souffrent de problèmes de digestion. Notre auteur en pâtit depuis déjà plusieurs années, voici son rapport.

Qu’il s’agisse d’une intolérance alimentaire, d’un souvenir désagréable lors du dernier voyage au long cours ou d’une prédisposition génétique, les plaintes relatives aux douleurs du système digestif sont diverses, tout comme leurs symptômes. Certains disparaissent seuls, tandis que d’autres doivent être traités par des médicaments. Néanmoins, il y en quelques uns qui font preuve de ténacité, qui reviennent sans arrêt malgré toutes les mesures prises.

La prolifération bactérienne intestinale, «Small Intestinal Bacterial Overgrowth», abréviée SIBO – n’est pas une maladie en soi. Le plus souvent, elle résulte d’un trouble de l’intestin. Dans de rares cas, il se peut qu’une grave maladie ait contaminé le tract gastro-intestinal.

J’ai personnellement découvert l’improbable acronyme SIBO il y un an, lorsque j’ai finalement identifié ce qui me faisait souffrir depuis de nombreuses années. Le soulagement fut grand, car j’étais désormais sûre de ne pas être affublée du qualificatif d’hypocondriaque dans l’histoire de ma famille. Puis, à la suite d’un diagnostic, il y un traitement, n’est-ce pas ?

Faux! En effet, il n’est pas si facile de se débarrasser de cette maladie, qui au passage est bénigne dans la plupart des cas.

SIBO, quésaco?

La prolifération bactérienne intestinale est, pour parler simplement, un comportement anormal des bactéries dans notre intestin.

Des milliers de bactéries diverses et variées vivent dans notre tube digestif. Certaines dégradent les aliments, d’autres nous défendent contre des agents pathogènes. C’est seulement lorsque ces bactéries accomplissent le travail qui leur a été assigné, au bon endroit, que nos organes se portent bien.

Voici d’où vient le SIBO: là où se rencontrent l’intestin grêle et le gros intestin existe une minuscule porte du joli nom de valvule iléo-cæcale, qui agit comme une barrière naturelle. Toutefois, lorsque cette porte ne ferme pas bien, ou si elle est mise sous pression en raison de ballonnements répétitifs, les bactéries du gros intestin peuvent pénétrer dans l’intestin grêle.

Une fois dans l’intestin grêle, les bactéries commencent à travailler, mais au mauvais endroit. Dans ce cas, les bactéries qui nous concernent s’occupent de la digestion des glucides. Conséquence: ballonnements, constipation ou diarrhée, douleurs et carences, fatigue et vertiges.

La relation entre les douleurs intestinales et le stress émotionnel est de plus en plus prégnante. La médecine alternative, à l’instar de l’acuponcture, peut être utile.
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Ces douleurs difficiles à identifier se superposent à celles qui résultent du syndrome de l’intestin irritable, il est ainsi difficile de tracer une délimitation médicale précise. Le calvaire des patients atteint de SIBO dure souvent longtemps, car le diagnostic peut seulement être établi une fois que toutes les autres maladies gastro-intestinales sont exclues.

Le casse-tête des invitations à souper

J’en ai fait moi-même l’expérience: de l’intolérance au lactose, en passant par celle au gluten et à l’histamine, j’ai été confrontée à toute une série de de diagnostics et j’ai fréquemment changé radicalement mon alimentation à la suite de ceux-ci.

Manger était devenu une épreuve de force, la joie et le plaisir avaient disparu. Une invitation à un apéritif ou à boire une tasse de thé se transforme en cauchemar! Alternativement, le champagne, le gâteau, la pâte feuilletée ou le café se sont tous vus tour à tour prohibés par mon régime.

La meilleure thérapie? S’abstenir de manger pour éviter de souffrir. Néanmoins, personne ne peut se permettre cela sur la durée, donc la question ne se posait même pas. Par conséquent, retour aux ballonnements, aux éruptions cutanées et à la nausée.

Tout dans la tête, ou pas?

Lorsqu’on est baladée de médecin en médecin des années durant et que l’on demande son avis à Dr. Google, on commence même à douter soi-même de ses symptômes. «L'intestin notre deuxième cerveau», «La connexion cerveau-intestin» ou encore «Le Charme discret de l’intestin», les livres sur les relations entre l’intestin, les émotions et la psychologie poussent comment des champignons. En fin de compte, est-ce notre tête qui est responsable de tout cela?

J’ai adopté une approche holistique: herbes médicinales chinoises, acuponcture, tachyon pression, ainsi que méditation et yoga. Résultat, je me suis sentie mieux entre-temps. Certains aliments retrouvent le chemin de mon menu et les éruptions cutanées ont disparu, du moins temporairement.

Ensuite, une nouvelle idée à fait son chemin: un test respiratoire à l’H2 afin de dépister une éventuelle intolérance aux glucides en raison d’une mauvaise absorption. Cette démarche allait jeter la lumière sur mon calvaire.

Lors d’un tel test respiratoire, on administre un liquide au patient à jeun, dans mon cas il s’agissait de lactulose. Ensuite, il faut souffler toutes les dix minutes dans un petit appareil qui mesure la quantité d’hydrogène dans l’air expiré. Les valeurs qui résultent de ce test permettent d’évaluer la capacité digestive.

Bien que ce test non invasif soit simplissime, l’évaluation des données est très complexe et les raisons sous-jacentes à ce type de dépistage également. Pour faire simple et court, si des valeurs très élevées sont détectées, et ce dès le début de la procédure (les premières 30 à 60 minutes), il est fortement probable qu’il y ait une prolifération bactérienne dans votre intestin grêle.

Dans le sillage du diagnostic

Une fois le diagnostic établi, il reste trois possibilités: un antibiotique, une alternative végétale ou toute une série de régimes extrêmement stricts. Tous ont des avantages et des inconvénients.

L’antibiotique Rifaximine, contrairement à d’autres antibiotiques, n’agit que dans l’intestin et n’agresse pas le reste du corps. Toutefois, en Suisse, il n’est pas reconnu comme traitement contre le SIBO, le coût est donc à la charge du patient.

Certaines alternatives végétales semblent montrer une efficacité similaire à celle de l’antibiotique. Au choix: l’allicine (un extrait d’ail), l’origan, la cannelle, le margousier, l’épine-vinette ou le pau d’arco. Néanmoins, il est très difficile de mettre la main sur ces différentes mixtures en Suisse. En outre, les prébiotiques et probiotiques sont parfois administrés dans le cadre de la lutte contre le SIBO, mais leur efficacité est discutée.

Dans le cadre du traitement du SIBO, adapter son alimentation peut être la mesure la plus déterminante et efficace à long terme. Entre autres, il est recommandé d’opter pour un régime SCD (régime en glucides spécifiques). Celui-ci prévoit de réduire considérablement la consommation de glucides. Les monosaccharides (le fructose et le glucose) sont autorisés, ainsi que la plupart des fruits et légumes, la viande, le poisson, quelques fromages et le miel.

Il n’y a pas que l’amidon qui peut causer des problèmes liés aux bactéries présentes dans votre intestin grêle. En effet, d’autres composantes des glucides peuvent vous causer du tort, elles sont résumées sous l’appellation FODMAP (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols). Dans le cadre d’une prolifération bactérienne, ces substances peuvent être à l’origine de symptômes. Toutefois, les scientifiques n’ont pas été en mesure de prouver sans ambigüité l’efficacité du régime FODMAP.

Dans tous les cas, les taux de récidives sont élevés. Le professeur Peter Bauerfeind, médecin en chef du département de gastro-entérologie et d’hépatologie de l’hôpital Triemli nous confie que si l’on part du principe que le SIBO est la conséquence d’une maladie gastro-intestinale ou est une condition postopératoire, la maladie principale est difficilement traitable.

En outre, il est difficile d’évaluer le résultat lorsque l’on découvre des bactéries dans l’intestin grêle supérieur de patients sains, car l’on ne bénéficie pas de données pertinentes.

Ma solution personnelle

Pour ma part, j’ai été aidée par un régime de huit semaines, durant lequel je ne consommais absolument pas de glucides, de sucres et de produits laitiers. Quant aux fruits et aux légumes, je n’en consommais que lorsque leur teneur en fructose s’élevait environ à 1g pour 100g. Certes, il n’y avait plus grand chose au menu, mais les effets furent immédiats.

Dans mon cas, je peux aussi confirmer l’existence du lien entre le cerveau et l’intestin. Si je suis stressée, fatiguée ou irritée, les symptômes s’aggravent. Ainsi il faut que je gère mon stress de façon proactive au quotidien. Enfin, je ne consomme toujours pas de produits à base de lait de vache, j’évite de nombreux fruits, la charcuterie ainsi que les produits préparés.

Malgré tout cela, je ne suis pas encore entièrement libérée des symptômes. Aujourd’hui, j’adapte mon alimentation à mes douleurs: dans une bonne phase, je m’accorde un peu de pâtes, des raisins ou une saucisse grillée.

Une étude exhaustive sur le SIBO a été publiée au début de l’année 2018 par le Forum Médical Suisse, elle contient des informations sur les symptômes, les diagnostics et les méthodes de traitement.

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