Le statut de patrimoine mondial menacé

Dubrovnik, victime du tourisme de masse

AP

2.10.2018

Chaque jour, des dizaines de milliers de visiteurs viennent à Dubrovnik pour voir les lieux de tournage de «Game of Thrones» ou profiter de l’escale proposée par leur bateau de croisière. La «perle de l’Adriatique» est noyée sous les flots de touristes – son statut de patrimoine mondial de l’Unesco est même menacé.

Marc van Bloemen vit depuis des décennies dans la vieille ville de Dubrovnik. Jusqu’à présent, il considérait cela comme un privilège, comme il aime le raconter. Mais aujourd’hui, la vie dans cette ville du sud de la Croatie, la soi-disant «perle de l’Adriatique», est devenue un cauchemar.

Chaque jour, des hordes de touristes engorgent les accès au centre historique de Dubrovnik, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Des milliers d’autres débarquent d’énormes paquebots de croisière. Dans la célèbre rue piétonne Stradun avec son sol pavé en pierre calcaire, ses églises médiévales et ses palais, les visiteurs se bousculent, tandis que les fans de la série à succès «Game of Thrones» recherchent les différents lieux de tournage.

«C’est un peu comme si nous vivions à Disneyland»

Avec ses 2500 habitants, la vieille ville de Dubrovnik est le parfait exemple des effets du tourisme de masse dans un endroit relativement petit. Compte-tenu de l’augmentation du nombre de visiteurs, les autorités locales réfléchissent aujourd’hui à la manière de gérer le flux de visiteurs sans compromettre le charme de la ville.

«C’est inimaginable, c’est un peu comme si nous vivions à Disneyland», se plaint van Bloemen, qui habite dans la vieille ville de Dubrovnik depuis son enfance. De sa maison, il a une vue sur le vieux port très fréquenté, à proximité des remparts de la ville.

Dans une journée ordinaire, huit paquebots de croisière accueillant environ 2000 passagers chacun font une halte à Dubrovnik. Un jour, van Bloemen a même compté 13 bateaux. «Cela nous désole, mais nous plaignons également les touristes qui ne peuvent plus profiter de la ville tant ils se marchent sur les pieds avec d’autres touristes», explique l’habitant excédé. «C’est la pagaille totale.»

«Un problème de grande envergure»

Ce problème nuit à la réputation internationale de Dubrovnik. L’an dernier, l’Unesco a menacé de retirer la ville de la liste du patrimoine mondial en raison de l’augmentation du nombre de vacanciers.

Le blog de voyage très prisé Discoverer a rapporté récemment qu’une visite du cœur historique de la ville était «un temps fort de tout voyage en Croatie, mais que la foule qui se pressait dans les rues étroites et les passages empêchaient d’apprécier la ville à sa juste valeur». L’attention particulière portée à la ville en tant que lieu de tournage de «Game of Thrones» et l’arrivée massive de paquebots auraient provoqué «un problème de grande envergure».

Les blogueurs conseillent aux voyageurs de visiter d’autres vieilles villes tout aussi pittoresques à proximité: «Au lieu d’essayer d’être parmi les chanceux qui pourront accéder aux sites touristiques de Dubrovnik, optez plutôt pour la charmante ville voisine d’Ohrid en Macédoine.»

«Respectez la ville»

L’an dernier, les autorités locales ont élaboré un plan sous la devise «Respectez la ville». L’objectif est de limiter le nombre de croisiéristes à un maximum de 4000 personnes à tout moment de la journée. Mais la mise en œuvre du projet se fait attendre.

«Nous sommes conscients qu’il y a un problème de foule», déclare Romana Vlasic, directrice de l’office du tourisme de Dubrovnik. Mais alors qu’elle promet d’un côté de limiter le nombre de visiteurs, elle clame de l’autre avec fierté que la ville «se porte extrêmement bien avec une légère augmentation des effectifs». Le succès de l’équipe nationale de foot lors de la Coupe du monde cet été – l’équipe a atteint la finale - a attiré encore davantage de touristes.

Selon Vlasic, plus de 800'000 vacanciers ont visité Dubrovnik depuis le début de l’année. Il s’agit d’une augmentation de 6% par rapport à la même période l’année précédente. Le nombre de nuitées a quant à lui augmenté de 4% pour atteindre trois millions.

«Mais où courent tous ces gens?»

Si les bateaux de croisière injectent des recettes sous forme de droits portuaires dans les caisses de la ville, les entreprises locales ne profitent guère des visiteurs. En effet, ces derniers ont bien souvent des forfaits all-inclusive à bord et dépensent très peu d’argent lors des excursions à terre, que ce soit dans les restaurants ou dans les boutiques.

Krunoslav Djuricic, musicien de rue, observe chaque jour les flots de visiteurs. «Le tourisme de masse n’est probablement pas ce dont nous avons vraiment besoin», explique le musicien, qui joue de la guitare électrique devant la porte Pile qui permet d’accéder à la vielle ville.

Les croisiéristes n’ont que quelques heures pour visiter la ville. Ce qui explique que beaucoup d’entre eux courent dans tous les sens pour accéder aux sites touristiques et faire quelques selfies pour poster sur les médias sociaux. «Nous avons ici des tas de gens qui ne font que courir», poursuit Djuricic, «Mais où courent tous ces gens?»

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