"De cette histoire, je ne peux que sortir vainqueur ou mort"

ATS

21.6.2018

Slavoljub Muslin viré séance tenante, les clés de la sélection serbe ont été remises à son assistant, Mladen Krstajic, pourtant inexpérimenté. Décrié à son arrivée, l'entraîneur a fait taire les critiques avec la victoire obtenue contre le Costa Rica.

Mladen Krstajic ne s'était jamais retrouvé à la tête d'un groupe professionnel avant son expérience à la tête de la sélection serbe.
Keystone

Mladen Krstajic, le sélectionneur de cette Serbie que croisera l'équipe de Suisse vendredi pour son deuxième match du Mondial, ne s'était jamais retrouvé à la tête d'un groupe professionnel. Mais l'ancien défenseur a su apaiser les craintes en ménageant subtilement la chèvre et le chou.

C'est un secret de polichinelle en Serbie: si Slavoljub Muslin a été viré séance tenante et remplacé par son adjoint inexpérimenté une fois la qualification pour la Russie acquise, c'est que le technicien refusait d'intégrer certains jeunes prometteurs dans son équipe. Surtout Sergej Milinkovic-Savic, le Bâlois Milos Veljkovic et Nemanja Radonjic. Trois espoirs tous bi-nationaux qui auraient pu opter respectivement pour l'Espagne, la Suisse et la Bosnie.

Dans un pays habitué aux ingérences politiques dans la conduite des affaires sportives, Mladen Krstajic a vite compris qu'il allait devoir satisfaire certaines volontés. "Je vais continuer dans la même direction mais je vais aussi ajouter quelques idées qui sont les miennes pour concocter un mélange d'expérience et de jeunesse", avait-il expliqué à l'époque.

La nomination de l'ancien (très rugueux) défenseur de Werder Brême ou Schalke n'a toutefois pas été bien accueillie en Serbie, encore moins après la défaite 2-1 en amical contre le Maroc à l'occasion du premier match du nouveau sélectionneur le 23 mars.

Mais, quatre jours plus tard, Krstajic obtient un peu de répit en battant le Nigeria 2-0. Et le calme affiché par l'entraîneur - qu'il a su communiquer à ses joueurs - lors du succès inaugural contre le Costa Rica (1-0) à la Coupe du monde a impressionné. Tout en soulageant Krstajic d'un lourd poids, comme il l'a lui-même concédé. "C'était presque inhumain mais, maintenant, nous pouvons aborder le match contre la Suisse de manière plus décontractée." En tant que leader du groupe E et qui jouera quoi qu'il arrive vendredi à Kaliningrad une finale contre le Brésil lors de la dernière journée.

Le sélectionneur a pour l'instant très bien manoeuvré dans le vestiaire et le contexte explosifs serbes. Il est allé dans le sens de ses dirigeants mais tout en se ménageant une marge de manoeuvre pour façonner l'équipe. "Quand il s'agit de football et du choix des hommes, je suis celui qui décide", affirme-t-il.

Le traumatisme de 2006

Krstajic se concentre surtout sur la cohésion de son effectif, encore traumatisé par le Mondial 2006 qu'il avait vécu sur le banc des remplaçants de ce qui était alors la Serbie-Monténégro: trois défaites au 1er tour, dont un 6-0 contre l'Argentine, malgré une génération douée. Un mauvais souvenir que la victoire de 2010 en poules contre l'Allemagne n'a pas atténué, puisque les Serbes avaient perdu contre le Ghana et l'Australie et avaient été éliminés.

"En 2006, nous avions vraiment une bonne équipe, mais ça n'avait pas fonctionné comme il faut, je vais essayer de tout faire pour que l'esprit collectif et l'ambiance priment sur tout le reste", affirme-t-il, juste avant de se montrer extrêmement lucide à son sujet. "C'est clair: de cette histoire, je ne peux que sortir vainqueur ou mort."

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