La chute de la Mannschaft inquiète l'Allemagne

Julien Pralong, ATS

18.6.2018

Ce n'est pas une nouveauté: quand celui qui se prélasse longtemps dans les nuages finit par retomber sur terre, l'atterrissage est toujours difficile. L'Allemagne, battue 1-0 par le Mexique pour son entrée dans la Coupe du monde, vient de l'expérimenter.

Les fans allemands sont tombés de très haut lors du premier match de l'équipe allemande.
Keystone

Le sol de Russie est bien moins hospitalier que la cotonneuse euphorie dans laquelle baignait la Mannschaft depuis pratiquement douze ans. Les Allemands n'ont peut-être pas gagné la Coupe du monde qu'ils ont organisée en 2006, pas plus que la suivante ni même les deux Euros disputés dans l'intervalle, mais leur séduisant football et l'impression de force dégagée par celui-ci avaient largement permis de faire patienter tout le monde jusqu'au sacre brésilien de 2014 et de pardonner l'échec de l'Euro 2016 (demi-finale).

La Coupe des Confédérations, remportée en juin 2017 avec une équipe de mômes, n'avait fait que conforter le sélectionneur Joachim Löw et toute l'Allemagne dans leurs certitudes. Or la défaite contre le Mexique, la première d'une équipe européenne dans ce Mondial et la première de l'histoire de la Mannschaft en Coupe du monde contre une nation de la CONCACAF, a fait éclater la bulle de sérénité dans laquelle flottait le football germanique.

La presse moqueuse

La presse allemande s'en est d'ailleurs donné à coeur joie. Bild a fait, efficacement, dans l'ironie grinçante et blessante. "Quelqu'un a-t-il vu nos champions du monde ? En tout cas ils n'étaient pas sur la pelouse à Moscou. Ces derniers mois, on a beaucoup parlé d'un possible boycott du Mondial à cause de la situation politique. Mais on ne s'attendait pas à ce que les joueurs de Jogi le mettent en pratique sur la pelouse dès leur premier match !"

Plus sérieuses, mais peut-être aussi plus douloureuses encore, ces quelques lignes de la Süddeutsche Zeitung, pour qui "il y a des raisons de s'inquiéter". "Il y avait longtemps qu'une équipe allemande ne s'était pas montrée aussi désordonnée et impuissante. L'impression se confirme: le onze allemand le plus âgé depuis 2002 a atteint le sommet de ses capacités il y a quatre ans déjà..."

Des critiques virulentes pour ce qui n'est, finalement, qu'une défaite en entrée de tournoi. L'Allemagne a encore deux rencontres pour se qualifier, contre la Suède et la Corée du Sud, et rien n'indique jusqu'à preuve du contraire qu'elle n'ira pas loin dans ce Mondial. Peut-être même jusqu'à la défense de son titre.

Löw peu rassurant

La superstition demeure cependant un acteur puissant dans cet univers de l'irrationnel qu'est le football. Championne du monde en 2006, l'Italie n'avait pas franchi la phase de poules en 2010. Tenante du titre après son triomphe de 2010, l'Espagne avait échoué après trois matches en 2014. De là à y voir une malédiction frappant le champion...

"Je ne peux pas l'expliquer", a commenté à ce propos Joachim Löw. "Ce que je peux dire, c'est que ça ne nous arrivera pas. Nous serons au tour suivant." Mais même le charismatique Jogi a donné de curieux signes d'impuissance au moment de l'analyse. "Parce que c'est une situation à laquelle nous ne sommes pas habitués."

Hummels très critique

Les joueurs se sont, eux, montrés plus concrets et pragmatiques, relevant par exemple, en plus de l'incapacité de la Mannschaft à accélérer dimanche, "les trop nombreuses pertes de balles" (Toni Kroos). Mats Hummels a pour sa part tiré la sonnette de l'alarme générale après avoir constaté - il était aux premières loges - les errances défensives de son équipe.

"Derrière, il n'y avait souvent que Boateng ou moi", résume le boss de l'arrière-garde allemande. Qui n'hésite pas, aussi, à remettre en cause l'état d'esprit d'habitude irréprochable de la Mannschaft. "Nous avons joué comme contre l'Arabie saoudite (lors du dernier match de préparation difficilement remporté 2-1) sauf que là, l'adversaire était plus fort."

Comme l'a immédiatement reconnu Kroos après la partie, l'Allemagne est maintenant "sous pression". Et sa prestation samedi contre la Suède sera décortiquée dans les moindres détails. Tout signe de faiblesse interdit !

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