Mark Streit ou le triomphe de l'abnégation

ATS

5.6.2020

Mark Streit aurait dû, dans le cadre de la finale du Mondial à Zurich, être officiellement intronisé au Temple de la Renommée de la Fédération internationale (IIHF). Le coronavirus l'en a privé.

L'IIHF décrit Streit sur son site comme "le plus grand joueur suisse de tous les temps".
Keystone

«Mais le grand mal dans tout ça, c'est que le Championnat du monde n'a pas eu lieu. C'est cela qui est douloureux», souligne Streit au téléphone à Keystone-ATS. Il ressentait déjà l'euphorie qu'allait lui apporter l'équipe de Suisse. Il attendra aussi pour la cérémonie d'intronisation repoussée à plus tard.

L'IIHF décrit Streit sur son site comme «le plus grand joueur suisse de tous les temps». Le fait est qu'il fut le premier joueur de champ suisse à percer en NHL et qu'il a ouvert beaucoup de portes pour la génération actuelle. «C'est beau de voir que les jeunes sont ambitieux et qu'ils visent à devenir encore meilleurs que les meilleurs de ma génération.»

Une année difficile aux Etats-Unis

Streit est l'exemple probant de ce qui peut être atteint par obstination. Sa récente biographie «Contre toutes les résistances» en témoigne. Comme junior, il fut jugé pas assez bon par le CP Berne. C'est pourquoi il a débuté en LNA à Fribourg Gottéron. En 1999, il a osé pour la première fois franchir le pas de l'Amérique du Nord mais sans grand succès. «Ce fut pour moi toutefois une année primordiale où j'ai beaucoup appris, relève Streit. Cela m'a endurci. J'ai appris à me connaître mais également tout le système en vigueur aux Etats-Unis. Cette année-là m'a ouvert les yeux sur les contingences pour espérer jouer un jour en NHL. Mon rêve.»

Certes, le Bernois est resté toute la saison en Amérique du Nord malgré des résistances de toutes sortes. Il a réalisé qu'il n'était pas encore assez bon pour envisager de jouer en NHL et a pris le chemin du retour en Suisse. Il s'est engagé alors avec les Zurich Lions. «Là je pouvais avoir l'opportunité de mûrir comme joueur et à côté de la glace.» N'a-t-il jamais douté ? «Je suis toujours resté optimiste et ai regardé vers l'avant et j'ai tenté de faire le prochain pas quand c'était le bon timing. Je ne regrette rien. Si je regarde en arrière, j'ai le sentiment d'avoir tiré le meilleur de la situation.» En tout cas, il n'a pas disputé moins de 820 parties dans la meilleure ligue du monde où il a inscrit 100 buts et réalisé 349 assists...

Premier capitaine suisse

Lors de son passage aux New York Islander, Streit fut le premier joueur suisse désigné capitaine en NHL. Il a été attiré tôt par la prise de responsabilités et de se comporter comme un leader. Mais il voulait d'abord se faire remarquer par de bonnes performances. «J'ai grandi dans ce rôle, ai appris beaucoup des joueurs plus âgés et ai développé mon propre style.» Dans cette optique, les Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 furent particulièrement frappants. Pour la première fois, il avait été nommé capitaine de l'équipe de Suisse par Ralph Krueger. «En raison d'un incident (réd: Reto von Arx et Marcel Jenni avaient été renvoyés à la maison pour incartade nocturne), j'ai vécu une situation extrême. On peut dire que j'ai plongé directement dans l'eau froide.»

Début mai, Streit est entré comme actionnaire du CP Berne avec une place dans le conseil d'administration. Il apportera également quelques heures pas semaine son expérience à la relève du club. «J'aimerais rendre quelque chose en priorité aux juniors.» Il est prévu qu'il se trouvera sur la glace deux matinées par semaine.

A côté de l'abnégation, Streit considère comme primordial le développement de la personnalité. Il veut plus de joueurs avec du caractère et des qualités de leader. «D'une certaine manière, j'ai l'impression que personne ne veut se positionner. Chacun veut être le plus parfait et ne donner prise à aucune critique. Je trouve cela un peu dommage. Le sport vit d'émotions, de gens agissent différemment. Cela demande du courage et des forces mentales pour se mettre en avant et de dire ce qu'il en est. Pour le moment, il y a beaucoup de braves gamins.»

Streit a-t-il peur au vue de l'actuelle situation du hockey suisse ? «Tout le sport est lésé comme toute l'économie. C'est une mise à l'épreuve. Il est important que tout soit remis en question.» Un plafond des salaires actuellement en discussions en Suisse, Streit trouve cela très bien. Il est partisan de limites supérieure et inférieure des salaires.

Pour l'augmentation du nombre de joueurs étrangers par équipes, il est en pleine réflexion. D'un côté, il trouve que la concurrence est un élément important. «Cela te fait aller de l'avant.» De l'autre, il est dans l'intérêt des clubs d'aligner autant de Suisse que possible. Il pense évidemment aux intérêts de l'équipe nationale. «S'il n'y a que des gardiens étrangers sur la glace, nous aurions des problèmes pour plusieurs années. Il est déterminant de trouver une solution qui assure l'avenir de la Ligue.»

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