Géraldine Reuteler est la joueuse la plus en vue de l'équipe de Suisse à l'Euro. Voici ce qui rend la Nidwaldienne, désignée meilleure joueuse du match à trois reprises, si précieuse.
Il est tard jeudi soir lorsque les émotions se déchaînent d'un seul coup au stade de Genève. Dans les gradins, les gens se prennent dans les bras, sur la pelouse, les joueuses suisses sautent de joie. Un amas rouge et blanc se forme autour de Riola Xhemaili, l'héroïne de la soirée qui, grâce à son but contre la Finlande à la 92e minute, a permis à la Suisse de poursuivre son aventure à domicile.
Géraldine Reuteler fait aussi un câlin à sa coéquipière, qui a réussi à transformer son tir non cadré en une passe décisive. Mais Reuteler ne peut pas s'éterniser sur la pelouse, car elle doit aller récupérer son trophée de joueuse du match et remplir les obligations qui accompagnent cette récompense une nouvelle fois justifiée.
Presque la routine
L'attaquante de l'Eintracht Francfort prend place devant une affiche de sponsors, reçoit le trophée bleu orné d'un petit ballon doré et sourit aux caméras. La routine pour la joueuse de 26 ans, qui vit ce moment pour la troisième fois en l'espace de dix jours.
Tant à Bâle qu'à Berne et à Genève, le nom de Reuteler a résonné après les trois premiers matches de l'équipe de Suisse. Même à la suite de la défaite lors du match d'ouverture contre la Norvège (2-1), le jury a estimé que la Nidwaldienne avait mieux joué que toutes les Scandinaves. Ce premier trophée avait toutefois plutôt l'air d'un prix de consolation pour celle qui n'avait pas réussi à transformer ses occasions en buts au Parc Saint-Jacques.
Mais c'est bien elle qui a fini par débloquer la situation face à l'Islande à Berne (2-0) en marquant le 1-0 libérateur à la 76e. Et contre la Finlande, elle n'a jamais stoppé ses efforts pour aller chercher le but égalisateur et a, une fois de plus, fini par être décisive.
Mieux que Putellas
Aucune autre joueuse présente à l'Euro ne peut, à l'issue de la phase de groupes, se targuer de posséder trois trophées de joueuse du match. La Suédoise Johanna Rytting Kaneryd, la Française Delphine Cascarino et l'Espagnole Alexia Putellas ont chacune été honorées deux fois. Le fait que Putellas, deux fois Ballon d'Or (2021 et 2022), figure dans cette liste montre bien le niveau auquel évolue actuellement Géraldine Reuteler.
Si elle est depuis quelque temps sur le devant de la scène avec son club (12 buts, 7 assists cette saison), l'ancienne joueuse du FC Lucerne est longtemps restée dans l'ombre en équipe de Suisse. Elle n'a pas la voix de la capitaine Lia Wälti, ni le pedigree d'Ana-Maria Crnogorcevic et n'est pas aussi présente qu'Alisha Lehmann sur les réseaux sociaux.
Mais Pia Sundhage est catégorique: une joueuse comme Géraldine Reuteler vaut de l'or, non seulement en raison de ses qualités footballistiques, mais surtout à cause de sa grande flexibilité. Alors qu'elle évolue principalement en attaque avec Francfort, Reuteler joue plus souvent au milieu du terrain avec la Suisse ou alors, comme contre la Norvège, dans un rôle de faux numéro 9.
«Une joueuse complète»
La sélectionneuse explique qu'elle a souvent parlé avec la Nidwaldienne de sa position préférée. Mais cette dernière lui assure que cela lui importe peu et qu'elle veut «simplement jouer». «C'est la meilleure réponse qu'une coach peut recevoir», apprécie Sundhage.
Lia Wälti connaît bien Reuteler et n'est pas étonnée de son évolution. «Il était clair dès le début que «Geri» allait faire une grande carrière», déclare la milieu d'Arsenal, qui met en avant la compréhension du jeu de sa coéquipière, son sens du but, ainsi que son travail défensif: «C'est une joueuse complète et l'une des plus importantes de notre équipe.»
Quatre à la suite?
La petite fille qui jouait au football dans le jardin familial avec ses quatre frères, qui a rejoint le FC Stans à l'âge de 7 ans et qui a fait ses débuts à 15 ans avec le FC Lucerne, est devenue l'une des meilleures footballeuses du pays. Même une rupture des ligaments croisés en mars 2021 ne l'a pas déviée de son chemin.
Géraldine Reuteler n'est pas une femme de grands mots et n'est pas totalement à l'aise lorsqu'elle doit expliquer, devant une multitude de micros et de caméras, comment elle a encore réussi à décrocher ce trophée bleu. «Je fais simplement de mon mieux. Si cela aide l'équipe et que nous gagnons, je suis heureuse», dit-elle.
Si elle devait recevoir la distinction une quatrième fois vendredi à Berne à l'issue du quart de finale contre l'Espagne, il y a de fortes chances qu'elle ne puisse pas profiter de toutes les célébrations sur la pelouse. Mais cela signifierait sans doute qu'elle a conduit la Suisse en demi-finale de «son» Euro.