Meriame Terchoun (29 ans) est l'un des visages de l'équipe de Suisse dames qui disputera l'Euro à domicile le mois prochain. Elle a accordé un entretien à Keystone-ATS.
Meriame Terchoun, dans quelle mesure la perception du football féminin a-t-elle changé depuis le début de votre carrière?
«Beaucoup plus de gens manifestent de l'intérêt. Et surtout maintenant, juste avant l'Euro, l'intérêt est grand et aussi de la part des médias. Ce n'était pas le cas auparavant. Mais nous ne sommes pas encore là où nous souhaitons arriver. Par exemple en ce qui concerne la présence à la télévision, la Ligue suisse a encore de la peine. Un changement est perceptible, mais il reste beaucoup à faire.»
Pouvez-vous donner des exemples concrets?
«En Suisse, les clubs se sont développés de manière positive sur les structures, avec un soutien médical, des entraîneurs spécifiques pour la réhabilitation ou d'autres domaines, etc. Mais au niveau des salaires, on est encore loin de pouvoir vivre du football féminin dans notre pays.»
Pas la même place
L'aspect financier est une chose. Mais y a-t-il des moments dans votre carrière durant lesquels vous avez senti que le football féminin était désavantagé par rapport à son homologue masculin?
«Oui, en fait depuis toujours. Comme enfant, c'était difficile de trouver un club. J'ai toujours joué avec les garçons avant mon arrivée au FC Zurich. Je n'ai jamais vraiment été soutenue. Ensuite, il a manqué la compréhension de la part de l'employeur. C'est aujourd'hui souvent encore le cas. Donc, oui, j'ai senti dans de nombreuses situations que le football féminin n'avait pas la même place que celui des hommes.»
Comment avez-vous géré tout cela?
«Quand j'étais plus jeune, cela me frustrait énormément. J'ai parfois ressenti de la haine parce que je ne pouvais rien changer. C'était comme recevoir un coup en plein visage quand je devais lutter pour des choses évidentes. Aujourd'hui, c'est un peu différent. J'essaie d'utiliser mon énergie de manière plus consciente. Je dois choisir mes combats, parce qu'à un moment donné tu ne voudras plus lutter.»
Investir de manière durable
Qu'est-ce qu'il faudrait changer concrètement pour que les jeunes joueuses d'aujourd'hui aient de meilleures conditions que vous au début de votre parcours?
«Il faut investir de manière durable dans le football féminin, pour avoir des structures identiques à celles qui existent chez les hommes. Le soutien des marques de sport doit aussi être amélioré. Alors que les hommes reçoivent gratuitement des souliers, les filles doivent souvent les acheter. Les femmes doivent aussi être mieux soutenues durant la formation.»
De quoi êtes-vous particulièrement fière?
«Je suis très fière d'avoir pu retrouver le terrain après mes blessures au ligament croisé, et de pouvoir être ainsi une inspiration pour les autres. Et ce que je trouve super beau, c'est que quand nous avons un entraînement ouvert au public, il n'y a pas que des filles qui viennent voir. Beaucoup de garçons sont aussi présents. On constate ainsi que les enfants ne font pas de différence entre les hommes et les femmes.
Si vous pouviez remonter dans le temps et donner un conseil à la jeune Meriame, quel serait-il?
«Choisis plus tôt les combats que tu veux mener, et surtout choisis ceux qui en valent la peine. Parce que sinon, tu perdras de l'énergie que tu aurais mieux fait d'utiliser pour ton corps et ta santé.»