Trump menace de déployer l'armée

ATS

2.6.2020 - 22:42

Après une autre nuit d'émeutes dans les villes américaines, les manifestations antiracistes ont repris mardi aux Etats-Unis. Le ton martial de Donald Trump, déterminé à restaurer l'ordre en recourant si besoin à l'armée, fait de nouvelles vagues.

Huit jours après la mort à Minneapolis de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, la vague de colère historique contre le racisme, les brutalités policières et les inégalités sociales qui secoue les Etats-Unis ne connaît pas de répit.

Plusieurs milliers de manifestants, noirs et blancs, se sont retrouvés pour protester pacifiquement à Manhattan, près du siège de la police new-yorkaise, en scandant «George Floyd, George Floyd» ou encore «Black Lives Matter!» («la vie des Noirs compte»), cri de ralliement contre les violences policières visant les Afro-Américains.

«Le battre en novembre»

Nat Hooper, un libraire noir de 27 ans, dénonce la menace de Donald Trump de déployer l'armée pour mater la rue. «Il faut le battre en novembre», lance-t-il, alors que la question raciale fait irruption dans la bataille pour la Maison Blanche à cinq mois de l'élection présidentielle. «La plupart d'entre nous manifestent pacifiquement, nous voulons seulement du changement.»

Si Minneapolis, épicentre de cette nouvelle flambée de colère, a passé une nuit relativement calme, les troubles ont continué de se propager pour la septième nuit consécutive, touchant au moins 140 villes américaines, avec des centaines d'arrestations et plusieurs blessés dans les rangs des forces de l'ordre comme des manifestants.

Pillages sur la 5e Avenue

A New York, plusieurs grands magasins de la célèbre 5e Avenue, au coeur de Manhattan, ont été pillés lundi soir. Le couvre-feu nocturne instauré lundi a été prolongé jusqu'à dimanche, et son entrée en vigueur avancée à 20H00.

Les pillages ont été jugés «inexcusables» par le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo. Tout en critiquant le maire et la police, il a refusé de mobiliser la Garde nationale, comme l'ont fait d'autres villes et comme le réclame Donald Trump.

Dans une allocution musclée, le président des Etats-Unis avait annoncé lundi soir le déploiement de «milliers de soldats lourdement armés» et policiers à Washington pour mettre fin «aux émeutes» et «aux pillages». Et il avait appelé les gouverneurs à «dominer les rues» tout en menaçant d'envoyer l'armée «pour régler rapidement le problème à leur place» s'ils n'agissaient pas selon ses directives.

Juste avant son discours, les forces de l'ordre avaient dispersé à coups de gaz lacrymogènes de nombreux manifestants des abords de la Maison Blanche pour permettre ensuite au président de se rendre à pied devant une église emblématique dégradée la veille.

«Domination» et «force écrasante»

Des manifestants ont néanmoins bravé le couvre-feu nocturne instauré dans la capitale fédérale, où des incidents ont encore été rapportés et où la police a arrêté plus de 300 personnes.

Mardi, le milliardaire républicain a estimé que Washington n'avait connu «aucun problème la nuit dernière», et a assumé le positionnement de «président de la loi et de l'ordre» affiché la veille.

«Beaucoup d'arrestations. Tout le monde a fait du bon boulot», s'est-il réjoui, avant de vanter la «force écrasante» et la «domination».

La maire de Washington Muriel Bowser a protesté contre l'envoi des militaires «dans les rues américaines contre les Américains», une attaque reprise par de nombreux gouverneurs démocrates.

Une tournure politique

Car la crise, dans un pays déjà extrêmement divisé, prend une tournure de plus en plus politique. Le candidat démocrate à la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden, a accusé mardi Donald Trump d'avoir «transformé ce pays en un champ de bataille miné par de vieilles rancunes et de nouvelles peurs».

Lors d'un déplacement à Philadelphie, il a promis de «guérir les blessures raciales qui meurtrissent notre pays depuis si longtemps».

Face aux protestations, qui interviennent dans des Etats-Unis où les inégalités sociales et raciales sont déjà exacerbées par la pandémie de Covid-19, Donald Trump est resté silencieux jusqu'ici sur les réponses aux maux dénoncés par les manifestants.

Et n'a que très brièvement évoqué la «révolte» des Américains face aux conditions de la mort de George Floyd.

Cet homme de 46 ans est décédé le 26 mai en répétant «I can't breathe» («Je ne peux pas respirer»), gisant par terre, menotté et avec le cou sous le genou d'un policier, dont les collègues sont restés passifs.

Les autopsies ont confirmé que la mort était due à la pression létale au niveau de son cou. L'auteur de la bavure, l'agent Derek Chauvin, a été licencié par la police puis arrêté et inculpé, sans que cela calme les esprits.

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