«Ce sont seulement les gagnants qui dictent les règles»

De Philipp Dahm

30.9.2020

Bill Maher compare la politique du pouvoir à des Terminators qui construisent de plus en plus de robots.
Bill Maher compare la politique du pouvoir à des Terminators qui construisent de plus en plus de robots.
Youtube

Bill Maher dit encore une fois ses quatre vérités à son camp démocrate: pour le présentateur de late-night show, ils doivent arrêter de se plaindre des contradictions de l’administration Trump. Car à l’heure actuelle, tout est question de pouvoir, affirme-t-il.

«Le pouvoir, c’est comme avoir des lapins: plus vous en avez, plus il est facile d’en obtenir beaucoup plus», explique Bill Maher dans son late-night show «Real Time» sur la chaîne HBO. «C’est une règle vieille comme le temps et c’était déjà mon sujet il y a deux ans lorsqu’une autre succession à la Cour suprême était au cœur de l’actualité.»

Le présentateur fait allusion à la nomination du juge controversé Brett Kavanaugh à la Cour suprême des Etats-Unis. «Et cette question du pouvoir qui engendre le pouvoir, tout le monde devrait l’avoir en tête en ce moment. L’idée que lorsque l’on perd du pouvoir, non seulement on perd ce combat, mais il devient également plus difficile de remporter le suivant. C’est comme ça que le pouvoir fonctionne.»

Bill Maher, qui avait soutenu en 2016 Hillary Clinton, l’adversaire de Donald Trump, résume la situation: «Si les démocrates perdent les élections, ils perdent la possibilité de nommer les juges. [Donald] Trump a nommé un quart des juges [de la Cour suprême], et contrairement à ses épouses, c’est à vie.»

Un exemple en Floride

Un épisode survenu en Floride montre comment les républicains exercent leur pouvoir en pratique: «[Là-bas], les gens ont voté en faveur de la restitution du droit de vote aux anciens détenus», explique le présentateur de 64 ans. En effet, même si les condamnés ont purgé leur peine, ils se voient toujours refuser le droit de vote politique. Une initiative lancée par les démocrates visait à changer les choses.

Donald Trump présente Amy Coney Barrett, nommée à la succession de Ruth Bader Ginsburg, le 26 septembre devant la Maison-Blanche.
Keystone

«Mais cela n’arrivera pas, car [Donald] Trump a nommé cinq des six juges de la Cour d’appel qui ont trouvé un moyen de défaire cela et, comme cela arrive si souvent, de faire en sorte qu’il soit plus difficile pour les démocrates de voter. Cela signifie qu’il y a plus de sénateurs républicains, qui à leur tour nomment des juges plus conservateurs. Le pouvoir est un cercle perpétuel – c’est comme des Terminators qui construisent de plus en plus de robots.»

Rien qu’en Floride, cela aurait permis d’ajouter 1,4 million de nouveaux électeurs dont la majorité n’auraient probablement pas voté républicain. Et bien que l’initiative en Floride ait été soutenue par les deux partis, la Cour d’appel fédérale des Etats-Unis l’a rejetée, précisant que les ex-détenus devaient d’abord rembourser toutes leurs dettes. La Cour d’appel a également déclaré que les votes pouvaient être considérés comme achetés, dans la mesure où le milliardaire démocrate Michael Bloomberg a soutenu l’initiative en injectant plusieurs millions de dollars.

«Power talks, loser walks»

Cela nous ramène à la leçon de politique du pouvoir de Bill Maher: «Bien sûr, maintenant, les démocrates hurlent et dénoncent l’hypocrisie de [Donald] Trump qui pourvoit le siège laissé vacant par Ruth Bader Ginsburg en pleine année électorale. Ils disaient une chose quand c’était Obama et maintenant, ils disent tout le contraire – comment peuvent-ils dormir la nuit?», lance le présentateur, imitant l’opposition en prenant un ton pleurnichard.

Late Night USA – Comprendre les Etats-Unis

50 Etats, 330 millions d’habitants et encore plus d’opinions: comment «comprendre l’Amérique»? Pour garder une vue d’ensemble sans s’échouer, il faut un phare. Les stars des late shows offrent probablement la meilleure aide à la navigation: ce sont de parfaits pilotes qui explorent implacablement les bas-fonds du pays et des gens et qui servent à notre auteur Philipp Dahm de boussoles indiquant sur le ton de l’humour l’état d’esprit des Américains

Il durcit ensuite le ton: «Je vais vous dire comment: comme des bébés, parce que comme les bébés, ils n’ont pas de morale. Et au cas où vous n’auriez pas encore compris, cette hypocrisie éhontée et préméditée devrait montrer clairement à tout le monde qu’on ne peut pas saisir [les républicains] avec leurs contradictions. Ils s’en moquent, car tout tourne exclusivement autour du pouvoir. La seule règle qu’ils suivent, c’est que ce sont seulement les gagnants qui dictent les règles. Le pouvoir parle, les perdants marchent.»

Bill Maher se livre à un sombre pronostic: «Ils ont le pouvoir et ils l’utiliseront pour installer six conservateurs à la Cour [suprême], et si les élections de 2020 se terminent devant cette cour, comme ils le promettent déjà pratiquement, devinez qui va gagner. Nous ne pouvons pas les empêcher d’obtenir la [majorité à la cour], ce qui signifie que nous ne pouvons pas les empêcher de choisir le vainqueur des élections.»

L’échappatoire

Dans le monde de Bill Maher, les démocrates ont-ils même une chance de remporter les élections présidentielles? Seulement si Joe Biden gagne avec tellement d’écart que les républicains ne pourraient pas ignorer le résultat, estime-t-il.

Pour Bill Maher, Joe Biden a besoin de remporter une victoire nette.
Pour Bill Maher, Joe Biden a besoin de remporter une victoire nette.
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Son analyse comporte une grande part de vérité. L’opposition devrait assimiler en particulier son message central, selon lequel il est inutile de se plaindre. Il n’y a qu’un seul point sur lequel le New-Yorkais s’égare: même si six conservateurs siégeaient à la Cour suprême, une contestation du scrutin devrait toujours se fonder sur des arguments juridiques.

Et même si les juges sont conservateurs, eux aussi pèsent les arguments: même Brett Kavanaugh a voté contre la ligne des républicains dans le cadre de certaines décisions. Toujours est-il qu’une victoire nette de Biden faciliterait probablement une passation de pouvoir. Le 4 novembre, le monde sera peut-être un peu plus intelligent.

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