Le patient américain

De Philipp Dahm

7.10.2020

Alec Baldwin et Jim Carrey incarnent Donald Trump et Joe Biden dans «Saturday Night Live».
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Le traitement que prend Donald Trump soulève des questions, mais la compassion des satiristes de télévision a ses limites. En revanche, les spéculations qui s’accumulent depuis l’annonce de la contamination du président n’en connaissent pas.

Bien entendu, Donald Trump savait qu’il enfreignait les mesures de lutte contre le coronavirus lors de sa sortie dominicale. Mais à environ un mois des élections présidentielles, l’homme de 74 ans a clairement voulu envoyer un signal: son objectif était de montrer qu’il allait bien et qu’il était prêt pour le 3 novembre.

Alors que les médecins personnels du président se sont efforcés de minimiser la gravité de son état, les rapports des experts du Walter Reed National Military Medical Center de Bethesda (Maryland), où Donald Trump a dernièrement reçu des soins, disent tout autre chose.

1) Quel est l’état de santé de Donald Trump?

Même si l’éminent patient américain ne semblait pas être très malade vu de l’extérieur, le COVID-19 semble avoir attaqué les poumons de Donald Trump, comme le suggère le faible taux d’oxygène relevé dans le sang du président, en raison duquel il a reçu temporairement une supplémentation en oxygène.

Le traitement que prend Donald Trump est une autre raison qui explique pourquoi son état de santé ne doit pas être pris à la légère. Les médecins du président lui auraient prescrit de la dexaméthasone: le «New York Times» rapporte qu’il s’agit d’un stéroïde qui est plutôt contre-productif que curatif pour les formes légères de la maladie.

Des partisans de Donald Trump se trouvent devant le Walter Reed National Military Medical Center de Bethesda (Maryland), le 4 octobre.
Keystone

Un médicament pouvant comporter des risques en cas de forme légère de la maladie ne serait probablement pas prescrit au président sans raison. L’éminent journal américain fait toutefois intervenir un second diagnostic possible: Donald Trump a peut-être dicté son propre traitement. Et il existe même un terme technique pour désigner ces patients: ils sont atteints du syndrome VIP.

2) «SNL»: un sketch brillant parodie le débat télévisé

Diffusée sur la chaîne américaine NBC, «Saturday Night Live» («SNL») est une institution du paysage télévisuel américain depuis 1975. L’annonce que le président a dû faire au sujet de sa contamination le vendredi 2 octobre a pris les auteurs de l’émission au dépourvu.

Mais le programme a aisément rectifié le tir le lendemain pour son grand retour après une pause de plusieurs semaines imposée par le coronavirus. En début d’émission, «SNL» ouvre son sketch «cold open» consacré au débat télévisé avec Joe Biden sur ces mots: «Même si nous avons l’impression que mardi, c’était il y a 100 ans, nous avons pensé qu’il était important que vous le revoyiez.»

Les choses sérieuses commencent alors avec Beck Bennett dans le rôle du présentateur de la Fox Chris Wallace, Alec Baldwin dans celui du coupeur de parole notoire Donald Trump, Maya Rudolph dans la peau de la vice-présidente désignée du camp démocrate Kamala Harris, ainsi que Jim Carrey en guest-star, qui fait l’étalage de ses talents d’acteur sous les traits de Joe «This is the Deal» Biden.

3) Contagieux? Peu m’importe!

Pour le satiriste de télévision John Oliver, la nouvelle du diagnostic positif de Donald Trump était à la fois «choquante et complètement inévitable», alors que le président s’est encore moqué de Joe Biden et de son masque lors du débat télévisé de mardi dernier. Le présentateur de «Last Week Tonight» se demande ensuite depuis quand Donald Trump savait qu’il était positif.

Le problème est que la Maison-Blanche aurait appris jeudi matin que la conseillère du président Hope Hicks présentait des symptômes. Pourtant, Donald Trump aurait insisté pour assister malgré tout à un gala de levée de fonds pour sa campagne le jeudi soir dans le New Jersey – et lors de cet événement, il y a même eu un «p***** de buffet», lance John Oliver.

Les collaborateurs du président ont peut-être été contaminés le samedi 26 septembre lors de la présentation d’Amy Coney Barrett, nommée à la succession de Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême: deux personnes ayant participé à l’événement organisé à la Maison-Blanche ont ensuite été testées positives.

Donald Trump en compagnie d’Amy Coney Barrett, le 26 septembre 2020 à la Maison-Blanche.
Keystone

«Il y a quelque chose de vraiment exaspérant quand on les voit s’enlacer alors que [d’autres] n’ont pas vu leur famille depuis des mois ou meurent seuls dans un hôpital, commente John Oliver. Et ce n’est pas seulement qu’ils se mettent en danger, c’est surtout qu’ils risquent de contaminer les autres. Le problème avec un virus hautement contagieux, c’est [qu’on] pourrait finir par tuer quelqu’un que l’on n’a jamais rencontré. Et ils le font quand même.»

4) Des théories du complot à gauche, à droite et bien au-delà

Pour l’administration Trump, il ne faisait probablement aucun doute qu’avec l’annonce de la contamination du président sonnerait l’heure des théories du complot. Alors que les conservateurs ont recherché à haute voix un lien potentiel avec la confrontation de mardi dernier face à son adversaire démocrate, les spéculations vont bon train dans l’autre camp, où l’on estime que le président pourrait simuler toute cette affaire, rapporte «Associated Press».

Il y a ensuite les adeptes des théories bizarres de la mouvance QAnon, qui se cachent pas leur joie suite à l’annonce de la contamination de Donald Trump – même s’ils pensent dans le même temps que la pandémie n’est qu’une invention visant à nuire au président. Et bien qu’ils ne croient pas au COVID-19 et refusent de porter des masques, ils prônent la prise d’hydroxychloroquine, un médicament controversé.



Comment tout cela peut-il tenir debout? QAnon répand le discours selon lequel Donald Trump est parvenu à se retirer en faisant mine d’avoir été contaminé dans le but d’anéantir ensuite ses adversaires. Cette mise à l’écart a même un nom dans le jargon grossier de QAnon: «la tempête». Cela ne semble être rien de plus qu’une petite brise – et pourtant, le terme «QAnon» faisait partie des recherches les plus fréquentes vendredi dernier sur la version américaine de Google.

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