«Lorsqu’ils ont une liaison, les maris sont bien plus généreux»

Bruno Bötschi

22.3.2019

Durant les années 1990, les clients du magasin Erotikmarkt à Volketswil étaient à 80% masculins. De nos jours, les femmes représentent jusqu’à 60% de la clientèle. (Photo d'illustration).
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Ursula Frei travaille depuis 24 ans au magasin Erotikmarkt à Volketswil. C’est l’occasion d’un entretien sur le rapport des Suissesses et des Suisses vis-à-vis de la sexualité, des relations ainsi que sur les sex-toys les plus populaires.

Madame Frei, vous travaillez depuis plus de deux décennies à l’Erotikmarkt à Volketswil, dont dix ans comme gérante. Quelles sont les préférences des Suissesses et des Suisses au lit?

Autrefois, on ne parlait souvent qu’à demi-mot de sexe, et le sexe fleur bleue était de mise au lit. Les hommes et les femmes sont désormais plus ouverts, le rapport à la sexualité est moins tabou. En 2015, les séquences érotiques du film «Cinquante nuances de Grey» ont été un véritable déclencheur, dopant les ventes d’articles visibles dans le long-métrage comme les boules de geisha et les autres jouets sexuels.

Quelle était votre clientèle autrefois?

Lorsque j’ai débuté mon activité à l’Erotikmarkt en 1995, 80% des clients étaient des hommes. Ils se dirigeaient directement vers les rayons des vidéos, achetaient des films et des revues pornographiques disposés sur des palettes, passaient à la caisse et quittaient aussitôt les lieux …

… et la marchandise était emballée dans un sac en plastique noir passe-partout?

Nos sacs étaient bleus et sans logo.

Et à quoi ressemblent-ils actuellement?

Ils sont noirs avec un logo.

Les femmes prennent volontiers leur temps avant d’acheter un sex-toy. Elles aiment aussi tenir un godemichet dans leurs mains, veulent le toucher et sentir la matière. (Photo d'illustration).
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Quel est le profil de vos clients actuels?

Nous avons toujours des hommes âgés venant acheter des DVD chez nous malgré la présence d’Internet, mais dans une moindre mesure. Le nombre de femmes a sensiblement augmenté, si bien qu’elles représentent jusqu’à 60% de notre clientèle. Avant, les sex-shops étaient souvent aménagés de manière sordide, ce qui a vite découragé les femmes d’y venir. C’est heureusement du passé. Trouvez-vous l’endroit sordide chez nous?

Non.

Je répète sans cesse que nous ne sommes pas un sex-shop mais une boutique spécialisée dans l’érotisme. Le conseil aux clients a pris beaucoup d’ampleur. Il arrive que de jeunes hommes veuillent se confier sur leurs problèmes sexuels. Comme sur le fait qu’ils souffrent d’éjaculation précoce.

Quel conseil leur donneriez-vous?

Ils devraient utiliser un préservatif plus épais ou un spray retardant. Le pénis est alors légèrement anesthésié et ainsi moins sensible au plaisir, ce qui contribue à ralentir l’éjaculation de l’homme.

Qu’achètent les femmes chez vous?

Elles viennent volontiers le matin, lorsque la boutique est encore peu fréquentée. Nous organisons en outre des «lingerie parties» pour les femmes quand le magasin est fermé. Elles prennent volontiers leur temps avant d’acheter un sex-toy. Elles aiment aussi tenir un godemichet dans leurs mains, veulent le toucher et sentir la matière. Ou elles essaient de la lingerie avec des copines, se conseillent mutuellement ou nous appellent pour les assister.



Les revues et les vidéos pornographiques étaient autrefois très demandées. Aujourd’hui, que vendez-vous le plus?

Sans hésiter les sex-toys. Il y a eu des changements considérables dans ce domaine. La plupart d’entre eux sont aujourd’hui fabriqués en silicone médical. Il existe également des jouets comme le vibromasseur «Petit Paul», présent depuis plus de 20 ans dans notre gamme. Alimenté autrefois par des batteries, le Petit Paul se recharge désormais sur une prise secteur. Depuis quelque temps, notre panoplie de sex-toys masculins s’est également étoffée. Et le vibromasseur We-Vibe est très demandé en ce moment.

Qu’est-ce donc?

Un vibromasseur pour couple pouvant être simultanément utilisé par la femme et l’homme.

Et devez-vous tester tous les sex-toys chez vous avec votre mari?

Ce n’est pas une obligation, mais au cours de toutes ces années, nous avons naturellement déjà essayé l’un ou l’autre accessoire. Nous sommes très ouverts à ce sujet.

De nouveaux sex-toys, contrôlables via une application, sont récemment apparus sur le marché.

À ce sujet, je peux seulement vous affirmer que confier une télécommande à un homme le rendra heureux. Mais si je lui explique que cela fonctionne aussi réciproquement, et qu’il pourrait porter un anneau pénien contrôlé sur l’application par la femme, il se montre moins enthousiaste.

L’homme veut par conséquent toujours imposer ses volontés au lit ?

De nos jours, les femmes affirment plus franchement leurs désirs, mais certaines continuent malheureusement à se comporter au lit en fonction de ce qui attise la libido masculine.

Qui des femmes ou des hommes sait mieux ce qu'il veut acheter?

Les hommes agissent de manière ciblée. Certains d’entre eux viennent à la caisse, montrent une photo sur leur portable et disent: «Il me faut ça». La plupart du temps, ils ne souhaitent pas de longues explications, ils prétendent déjà tout connaître après s’être renseignés en ligne sur les fonctions du sex-toy.

Les hommes agissent de manière ciblée dans le sex-shop. Ils viennent à la caisse, montrent une photo sur leur portable et disent: «Il me faut ça». (Photo d'illustration).
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Et lorsque quelqu’un demande conseil?

Nous comptons de nombreux couples parmi nos clients. Dernièrement, un homme s’est montré intéressé par un godemichet avec ceinture. Sa femme m’a fixée d’un air consterné et a déclaré: «Il est pour le moment presque trop grand pour moi». Je me suis alors mêlée à la conversation: «Vous savez sans doute que cet élément peut aussi être utilisé inversement, c’est-à-dire sur un homme». L’homme m’a alors regardé avec de grands yeux et a dit: «Sûrement pas». J’ai alors répondu au couple qu’on ne pouvait pas être d’accord sur tout. La femme m’a regardé d’un air soulagé alors que l’homme paraissait moins enthousiaste.

Donnez-vous des conseils aux clients fidèles sur les produits qu’ils devraient encore tester?

Un fidèle client, qui est célibataire, veut régulièrement être informé sur les tout nouveaux sex-toys. Je lui ai présenté en décembre le Womanizer. Pas moins de deux semaines plus tard, il est revenu au magasin et a déclaré, ravi: «Hé, mon dernier rencard a complètement flashé sur le truc. Et tu sais quoi? Je n’ai plus le Womanizer, elle me l’a directement embarqué. Il m’en faut donc un autre. Mais celui-là, je ne le prêterai plus».

Le bâtiment de l’Erotikmarkt abrite également un club échangiste.

Il nous apporte de bons clients réguliers depuis des années qui raffolent surtout de lingerie et d’huiles de massage. Et certains hommes passent chez nous acheter un petit sous-vêtement avant de monter, probablement parce que leurs épouses ne savent pas qu’ils fréquentent un club échangiste.

Comment distinguez-vous une personne en couple avec sa partenaire de longue date d’une autre n’ayant qu’une liaison passagère lorsqu’elle vient faire ses achats?

Quand il s’agit d’une aventure, les hommes sont bien plus généreux, le cordon du porte-monnaie se délie plus facilement.

Avez-vous déjà reçu une proposition indécente d’un client?

Non. Je n’ai jamais été harcelée non plus, mais un homme m’a déjà proposé une invitation à souper que j’ai poliment déclinée.

Bénéficiez-vous d’un rabais accordé au personnel?

Oui.

Comment l’utilisez-vous?

Jetez un œil à mon pullover et mes pantalons, je les ai achetés chez nous au rayon du streetwear. J’ai bien évidemment aussi acheté des sex-toys. Je dois toujours être au courant des dernières nouveautés.



Les employés chez McDonald’s ou Coca-Cola ne peuvent souvent plus consommer leurs produits. Est-ce aussi valable chez Erotikmarkt?

Notre assortiment est tellement varié, et de nouveaux jouets arrivent sans cesse, que je ne me suis jamais ennuyée durant toutes ces années.

Pensez-vous qu’il soit également possible de vivre un partenariat amoureux avec des relations sexuelles limitées?

Bien sûr, cela peut aussi fonctionner.

Les sex-toys peuvent-ils pimenter voire même sauver une union?

Sauver je ne le crois pas, mais ils peuvent raviver la flamme dans un mariage.

Au fait, il y a 24 ans, comment êtes-vous arrivée à cet emploi?

Notre fils cadet était âgé de dix ans lorsque j’ai réalisé que je souhaitais encore me consacrer à d’autres projets en parallèle à la famille et au ménage. J’ai vu peu de temps après dans la presse que l’Erotikmarkt recherchait une vendeuse à temps partiel. J’ai averti mon mari le soir même que j’allais les appeler et postuler.

Qu’en a-t-il pensé?

Il a trouvé que c’était une bonne idée.

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