Interview

Tamy Glauser: «Mon amie Dominique est un peu maladroite»

Bruno Bötschi

10.9.2018

Tamy Glauser à propos des quotas de femmes: «D’un côté, personne ne veut faire partie d’un quota, d'un autre côté, une telle mesure peut être bénéfique à la société si elle force les gens à changer leur mode de pensée.»
Dukas

Tamy Glauser nous confie pourquoi elle aime son amie Dominique Rinderknecht plus que tout, nous dévoile si elle a l’intention de se lancer en politique et nous parle des préjugés contre les femmes lesbiennes qui l’irritent le plus.

Zürich, Café du Bonheur, peu après 15h30: rendez-vous avec le couple de lesbiennes le plus connu de Suisse. Depuis 2 ans, Tamy Glauser et Dominique Rinderknecht partagent leur vie. Les tabloids les ont affublées du surnom «Tamynique» et disposent toutes les semaines de nouvelles histoires à nous raconter sur le compte du couple.

Le mannequin cool et l’ex-miss joyeuse: vous y voyez vraiment des incompatibilités? Après que Mme Rinderknecht a raconté sa vie pendant 30 minutes au journaliste, c’est désormais au tour de Mme Glauser de s’y atteler. Mêmes questions, mêmes réponses?

Tamy Glauser boit une gorgée de bière et allume une cigarette. Pendant l’entretien, Dominique Rinderknecht s’affaire avec son téléphone à la table d’à côté.

Mme Glauser, lors des trente prochaines minutes, je vais vous poser autant de questions que possible. Vous y répondrez brièvement et rapidement de préférence. Lorsqu’une question ne vous convient pas, il vous suffit de dire «suivante».

Tamy Glauser: bien.

Récemment, à la Streetparade, vous avez fait votre première apparition en tant que duo de DJ avec votre amie Dominique Rinderknecht. Comment vous-êtes vous sentie?

Amazing. C’était formidable, un sentiment vraiment grisant. Je me sentais comme un enfant.

Combien de transitions avez-vous ratées?

Je ne pas trop, mais en tout cas, plus fréquemment qu’à l’entraînement.

Votre DJ favori(e)?

Difficile à dire, il y en a beaucoup que j’aime.

Paris ou Zurich?

Au mieux, les deux.

Vous étiez un enfant Migros ou Coop?

Migros.

Votre position pour dormir?

En cuillère, et aussi sur le côté.

Des perturbations du sommeil?

Aucune.

Pouvez-vous garantir que vous ne ronflez pas?

Presque.

Les premières paroles typiques de Tamy Glauser au saut du lit?

Aucune, tant que je n’ai pas bu un premier café.

L’entretien n’a pour l’instant duré que 1 minute et 10 secondes ou l’équivalent de 7 secondes par réponse. Elle n’hésite absolument pas.

Votre astuce beauté?

Less is more.

Est-ce toujours une bonne sensation que de se voir dans le miroir?

Oui.

Lequel de vos hobbies d’adolescente a survécu?

Écouter et faire de la musique.

La flûte à bec?

Oui, auparavant.

C’était mauvais?

Non, je m’amusais.

Tamy Glauser à propos de son amie, Dominique Rinderknecht: «Elle est maladroite. Très souvent, elle me fait mal, sans mauvaise intention bien sûr.»
Dukas

La pire punition que vous avez subie en tant qu’adolescente?

La plupart du temps, je m’en tirais à bon compte.

Votre premier baiser?

En Sardaigne, à la piscine, avec un gamin au cheveux longs.

Vous avez grandi avec des parents adoptifs, cela vous a-t-il influencée?

Difficile à dire, étant donné que c’est l’enfance que j’ai eue, je ne peux pas imaginer les conséquences de quelque chose que je n’ai pas vécu.

Qui doit être présent pour que le "KafiKränzli" soit parfait?

Dominique.

Votre côté un peu conformiste, lorsque vous êtes en privé?

J’en ai beaucoup. Laissez-moi réfléchir un moment... Trinquer en regardant les gens dans les yeux, pour n’en citer qu’un.

Votre occupation lorsque vous êtes seule?

Je m’occupe de plantes.

Le juron le plus stylé?

«Huregeil».

Votre expérience éthylique la plus drôle?

Il y en a régulièrement, d’ailleurs les plus drôles sont justement celles dont je ne me souviens pas.

Quand est-ce que vous avez fait la fête toute la nuit, pour la dernière fois?

Après la Streetparade.

Est-ce que la beauté apparaît plus facilement lorsqu’on a bu du champagne?

Vous voulez dire que les autres personnes sont plus belles? Oui, je le pense.

Le mot androgyne vous dérange-t-il?

Lorsqu’il ne me concerne pas... Non, il ne me dérange pas.

Avec quel mot vous décririez-vous?

Cool.

Comment définissez-vous la beauté?

Via l’esprit, via l’être.

Le souper le plus savoureux auquel vous avez été invitée?

Je ne sais pas si c’était le souper le plus savoureux, mais c’était un des plus beaux: Dominique et moi-même étions assises seules, dans un petit jardin sous des arbres et toute la table était mise en blanc.

D’abord le travail, puis le plaisir?

Work hard, play harder.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous connaissiez tant de succès?

Ai-je tant de succès?

Les meilleurs aspects de la célébrité?

On reçoit beaucoup de choses gratuites.

Les pires?

Lorsqu’on a la gueule de bois et que l’on veut sortir pour boire un café tranquillement et ne parler à personne.

Intermède: succinte, mais sympathique. Sa voix chantonne agréablement en Allemand bernois. Voici Tamy Glauser, le mannequin le plus cool qui soit. Le journaliste va-t-il réussir à la faire sortir de sa zone de confort?

Êtes-vous vraiment un bon mannequin?

Je n’oserai pas le prétendre.

Les types de mannequin favoris changent tout le temps dans le monde de la mode: craignez-vous de ne plus être demandée?

Non. Car j’ai toujours fait mon truc. Ce ne serait pas trop grave si on ne m’appelait plus.

Combien d’argent avez-vous gagné le mois dernier?

Ça ne vous concerne absolument pas.

Bref regard langoureux, suivi d’un sourire.

Combien coûte une bague qui peut faire plaisir à Tamy Glauser?

Au bon moment, il peut s’agir d’un simple bibelot sortant d’un distributeur automatique. Un cadeau ne doit pas nécessairement coûter quelque chose.

Que doit-avoir une femme pour attirer l’attention?

Une belle aura.

Quelles sont les femmes importantes de votre vie, outre votre amie Dominique Rinderknecht?

Ma maman.

Est-il vrai que votre amie vous a contacté la première fois via Instagram?

Oui, c’est tout à fait correct.

Comment lui avez-vous répondu?

Assez sèchement, à l’instar de son premier message. J’ai tout simplement répondu à ses questions.

Dans quelle mesure votre amour peut-il supporter le regard de l’opinion publique?

À la base, je suis pour fixer des limites. Sur les réseaux sociaux, nous partageons seulement les choses que nous souhaitons partager. Rien d’autre.

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I love her 💕

Une publication partagée par TAMYNIQUE (@tamynique) le

Aimez-vous vraiment le surnom «Tamynique»?

Oui.

Certains pourraient être rapidement irrités de la couverture médiatique constante dont vous faites l’objet avec votre amie.

Je suis désolée de vous irriter, il vous suffit de détourner le regard la prochaine fois que vous me voyez.

Un tic en raison duquel vous aimez votre amie plus que tout?

Il y en a beaucoup. Elle me pose beaucoup de questions, ce qui a le don de m’énerver. Mais cela me manquerait si elle ne le faisait pas. Elle est aussi très maladroite et me fait souvent mal, sans le vouloir, bien sûr. Mais cette maladresse me manquerait aussi, si elle venait à disparaître.

Douleur physique ou mentale?

Physique. Par exemple, lorsqu’elle vient se coucher, elle me marche toujours dessus, sans le vouloir, évidemment.

Elle est plus du genre chaleureuse ou froide?

Chaleureuse.

Êtes-vous capable de bien pleurer?

Non.

Quels sont les sujets de dispute les plus fréquents?

Il y a des sujets pour lesquels nous ne partageons pas la même opinion. Nous en parlons et réglons le problème. Les sujets à des disputes fréquentes sont rares.

Votre dernière crise de panique?

La panique, ce n’est pas trop mon truc.

Voici une citation de la parolière et journaliste Christiane Rösinger: «Le couple est toujours un enfer, quel que soit le partenaire.»

Je ne vois pas cela ainsi. J’ai déjà vécu l’enfer, mais pas avec Dominique. C’est pourquoi je pense que le partenaire a une importance.

Est-il vrai que vos amies magnifiques n’ont pas besoin d’être drôles, en raison de leur beauté incroyable?

Faux. Je ne fréquente que très rarement des femmes magnifiques qui n’ont rien d’autre à proposer. Et j’en connais beaucoup de ce genre.

Vous considérez-vous comme féministe?

Absolument.

Lors de votre apparition à la télévision dans l’émission «Arena», en mai dernier, votre amour pour Dominique Rinderknecht est devenu politique. Vous êtes toutes deux devenues les ambassadrices des homosexuels en Suisse. Que voulez-vous changer?

Je veux que tous les citoyens aient les mêmes droits.

Quels sont les préjugés contre les lesbiennes qui vous énervent le plus?

Tu es si jolie, tu pourrais tout de même te trouver un homme. Traduction: une femme est lesbienne seulement parce qu’elle est trop laide pour se trouver un type.

Le mariage est-il la suite logique de l’amour?

Non, pas de l’amour. Il y a de l’amour sans mariage et des mariages sans amour.

Que pensez-vous du polyamour?

Si cela vous convient et vous rend heureux.

Vous vivez à Paris et votre amie à Zurich: votre devise, c’est la relation à distance?

Non. Ma devise, c’est d’avoir autant de possibilités que possible. C’est pourquoi nous habitons dans deux villes différentes.

Dans quelle ville et pays estimez-vous que la société est plus ouverte?

Les deux sont similaires, bien que les homosexuels en Suisse n’aient pas les mêmes droits que les hétérosexuels. Malgré tout, je trouve que les deux sociétés se ressemblent.

Ressentez-vous de l’homophobie lorsque vous marchez dans la rue, main dans la main?

Rarement, mais cela s’est produit.

L’homosexualité est punissable par la loi dans de nombreux pays. Savez-vous de combien de pays il s’agit précisément?

Non, aucune idée. Je dirais à peu près 14 pays.

Faux. Il existe encore 72 pays dans lesquels l’homosexualité est interdite.

Oh non, mer…!

Le débat sur le sexisme, #Metoo, fait actuellement figure de thème d’actualité: avez-vous déjà rencontré des hommes épouvantables?

Oh, j’ai effectivement déjà rencontré des hommes de ce genre. Je ne vais pas développer, car je pense que c’est arrivé à toutes les femmes.

Quand vous est-il arrivé pour la dernière fois de faire l’objet de sexisme?

Je l’observe très souvent en regardant Dominique: c’est la belle femme blonde que personne n’écoute car elle est si jolie. Souvent, elle a trouvé d’emblée la solution, mais personne ne l’écoutait vraiment. Donc la solution met davantage de temps à émerger.

Avons-nous besoin de quotas de femmes dans les entreprises ?

Oui et non. C’est une question à laquelle il est difficile de répondre rapidement. D’un côté, personne ne veut faire partie d’un quota, d’un autre côté, une telle mesure peut être bénéfique à la société si elle force les gens à changer leur mode de pensée.

Vous imaginez-vous entrer en politique un jour?

Je peux encore m’imaginer beaucoup de choses, donc oui.

Un petit mot pour la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga?

J’espère qu’elle lit cet entretien et que nous irons un jour boire un café ensemble pour réfléchir aux moyens qui nous permettront de faire de la Suisse un meilleur pays.

Votre astuce pour Christoph Blocher?

J’irais également volontiers boire un café avec lui, afin de comprendre la logique sous-jacente à son discours public.

Nous vivons une période où les gens souffrent davantage de surmenage, de psychose, d’angoisse ou de doutes existentiels. Dans quelle mesure estimez-vous que vous vivez une belle vie?

Je ne peux que dire cela: j’essaye toujours de me focaliser sur les choses cruciales et de déterminer ce qui est réellement important dans la vie.

Être une femme en 2018, les points positifs?

Je préfèrerais réfléchir à ce qui était le mieux pour tous les êtres humains en 2018. En ce moment, il se passe tant de mauvaises choses, il suffit par exemple de regarder notre planète.

Mais que sont ces questions? C’est juste! Toutefois, elle reste cool, totalement cool.

Vous êtes-vous déjà sentie défavorisée en tant que femme?

Naturellement. J’ai toujours des exemples à donner. En tant que femme, on vous prend toujours moins au sérieux lorsque vous parlez d’un sujet grave ou intellectuel. Souvent, on ne vous écoute même pas vraiment.

Tamy Glauser à propos des opérations de chirurgie esthétique: «Chacun doit décider pour soi-même.»
Keystone/Stefan Bohrer

Êtes-vous pour ou contre la légalisation de la prostitution?

Je suis pour, car la prostitution ne va pas disparaître d’un coup. Par le biais de la légalisation, il est possible de davantage la contrôler et de mieux protéger les femmes.

Avortement – oui ou non?

Oui, définitivement. Chacune femme doit pouvoir décider pour elle-même.

Pourquoi n’y a-t-il pas de bordels pour femmes?

Oui, je me pose la question également.

Le petit nom que vous donnez à votre amie Dominique Rinderknecht?

Ça, je le garde pour moi.

Heidi Klum a baptisé ses deux seins Hans et Franz, Michelle Hunziker parle des jumeaux Kessler. Votre poitrine a-t-elle a un petit nom?

Non, elle n’a pas de nom.

Votre définition d’une belle poitrine?

Ronde et rebondie, un sein doit remplir la main.

Quand avez-vous consolé quelqu’un contre votre poitrine pour la dernière fois?

Je ne sais pas si je la consolais, mais j’étreins souvent Dominique.

Quel est votre avis sur les opérations de chirurgie esthétique?

Chacun doit décider pour soi-même.

Les chansons jouent souvent le rôle de médicaments: quel morceau vous aide à combattre le mal du pays?

Lorsque je vivais encore à New-York, j’écoutais souvent des morceaux de groupes suisses.

Berner Mundart?

Oui, surtout.

Contre le manque de confiance en soi?

Comment s’appelle cette chanson déjà… «My Chick Bad» de Ludacris.

Contre le chagrin d’amour?

Il y en a beaucoup. Spontanément, je pense à «Burn» de Usher.

Avez-vous honte de certaines faiblesse de votre caractère?

Honte? Je n’ai honte de rien.

Vous arrive-t-il de hausser la voix au travail, lorsque quelque chose ne fonctionne pas?

Je ne hausse quasiment jamais la voix.

Et en privé?

Non plus.

Arrivez-vous à vous faire pardonner facilement?

Oui, lorsque j’estime que j’ai commis une faute.

Êtes-vous une humaine courageuse?

Toujours, oui.

Quel est le sens de la vie?

J’essaye toujours de le découvrir.

Croyez-vous en Dieu?

Je crois en une puissance supérieure et en l’univers.

Avez-vous peur de la mort?

Non.

Êtes-vous membre d’une association fournissant de l’aide à la mort dans la dignité?

Non.

En conclusion, vous allez évaluer vos talents: chère Tamy Glauser, veuillez noter vos talents sur une échelle de 1 (absence de talent) à 10 (abondance de talent). Suissesse?

Je trouve que je suis une bonne Suissesse: mais vue de l’extérieur, ce ne semble peut-être pas le cas, donc seulement 7 points.

Cuisinière?

9, car je ne peux cuisiner comme un 10 que pour 2 personnes. Dès qu’il y a plus d’invités, ça ne va plus.

Conductrice?

Je me donne un 9, car Dominique est encore meilleure et récolte un 10.

Ménagère?

0.

Amie?

9, nobody is perfect.

Vous avez déjà des projets pour les 30 ans de votre amie?

Je suis justement en train d’y penser.

Tamy Glauser a eu besoin de 20 minutes et 50 secondes pour répondre aux questions du journaliste. Dominique Rinderknecht a eu besoin de presque 38 minutes. Mêmes questions, mêmes réponses? Il s’avère que les deux femmes étaient majoritairement au diapason. Résultat: elles vont bien ensemble.

À propos de Tamy Glauser

Tamy Glauser (33 ans) travaille comme mannequin femme et homme. Sa mère est à moitié Nigérianne et travaille en tant que mannequin à Paris et aux Etats-Unis. Tamy Glauser a grandi avec des parents adoptifs à Stettlen, dans le canton de Berne. Elle a rencontré pour la première fois son père suisse à l’âge de 17 ans. À 21 ans, elle est partie pour New-York. Elle a étudié la sociologie pendant quatre semestres, avant d’abandonner ce cursus. À 27 ans, elle a débuté sa carrière de mannequin. Depuis 2012, elle a notamment travaillé pour Vivienne Westwood, Jean-Paul Gaultier et Givenchy. Tamy Glauser vit à Paris et partage sa vie depuis l’automne 2016 avec Dominique Rinderknecht.

Le journaliste de «Bluewin» Bruno Bötschi s'adonne régulièrement à ce jeu de questions-réponses avec des célébrités dans le cadre de sa chronique «Bötschi questionne». Il dispose d'une grande expérience en matière d'entretiens. Il écrit pour le magazine «Schweizer Familie» depuis de nombreuses années la série «Traumfänger» (l'attrape-rêve). Ainsi, il a demandé à plus de 200 personnalités quels étaient leurs rêves d'enfant. Le livre compilant tous ces entretiens a été publié par Applaus Verlag à Zurich. Il est disponible dans toutes les librairies.
zVg
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