Que valent réellement les Bleus?

ATS

28.6.2018

Qualifiée en tant que premier de groupe, la France n'a pas pour autant acquis des certitudes durant la phase de poule. A l'heure d'affronter l'Argentine de Messi, Didier Deschamps a plusieurs chantiers à résoudre.

L'identité de la France de Didier Deschamps est celle de la gagne.
Keystone

La France a beau avoir - officiellement - refermé le livre du débat passionné sur son identité nationale, elle continue de se poser des questions au sujet de ses Bleus. Qui sont-ils ? Que valent-ils ? Comment jouent-ils ? Le mystère reste entier.

Or les Français aimeraient bien avoir quelques certitudes, à l'approche d'un 8e de finale à hauts risques contre l'Argentine, samedi à Kazan. L'Hexagone ne demande que cela: pouvoir se raccrocher à quelque chose d'autre que les déclarations d'intention de son sélectionneur et les messages rassurants de ses joueurs. L'Hexagone veut aimer ses Bleus, mais comment aimer ce que l'on ne connaît toujours pas ?

Voici bientôt six ans que Didier Deschamps est en poste, sans pour autant avoir donné une identité claire à son équipe. L'ancien champion du monde est à l'opposé d'un dogmatique, trempant toute sa réflexion et toute son action dans un pragmatisme primaire. Les résultats de la France lui donnent plutôt raison. Un quart de finale au Mondial 2014 qui aurait tout aussi bien pu terminer autrement que par une courte élimination devant l'Allemagne (1-0) et un Euro 2016 parfaitement négocié jusqu'à la finale face au Portugal (1-0 a.p.).

Telle est cette équipe de France, solide et conquérante mais, aussi, fragile, attentiste et opportuniste. Trop fière de ses cracks pour se contenter de subir le jeu et de contrer l'adversaire, mais incapable de maîtriser une rencontre dans son ensemble et de faire sienne la mission de dicter le tempo. Une forme de chaos sans azimut, échappant à l'implosion grâce aux infaillibles N'golo Kanté et Hugo Lloris, gardiens du temple tricolore.

Animation offensive décevante

Grâce à eux - mais aussi à un Raphaël Varane de plus en plus taillé comme un patron -, durant ce Mondial, le secteur défensif n'est pas la principale source d'inquiétude de Deschamps. Pas plus que le longtemps insoluble problème du positionnement de Paul Pogba, que tout le monde loue mais que peu savent utiliser. Le milieu de terrain de Manchester United, en-dessous contre l'Australie (2-1), a été meilleur face au Pérou (1-0) et a pu souffler contre le Danemark (0-0).

L'animation offensive s'est en revanche avérée être d'une pauvreté inadmissible pour une sélection qui peut aligner Griezmann, Mbappé, Dembélé, Fekir, Lemar ou encore Giroud. Celui-ci s'est rendu indispensable en entrant en cours de partie contre l'Australie. Mais son manque de connexion sur le terrain avec Griezmann est plus que problématique, sachant que la relation entre le dépositaire de l'offensive et le point d'appui devant est une des clefs du jeu.

On peut émettre l'hypothèse d'attaquants plus faits pour un jeu de contre que pour un jeu posé, tant les dévoreurs d'espaces ne manquent pas chez les Bleus. Mais l'expérience en club tend à montrer que l'inverse est possible, le PSG de Mbappé ou le Barça de Dembélé n'étant pas des chantres de la contre-attaque, mais plutôt de la possession.

La gagne avant tout

Est-ce alors un problème d'approche mentale, de consignes ? On sait Didier Deschamps extrêmement soucieux de l'assise de ses équipes. Jusqu'à brimer ses artistes ? "Deschamps a un style: solidité défensive et contre-attaque", analysait récemment l'Espagnol Xavi, ajoutant que le Français, comme l'Argentin Diego Simeone (Atletico Madrid), "étaient d'une autre école que Löw, Lopetegui ou Guardiola".

Toujours aussi prompt à tacler que lorsqu'il faisait régner sa loi sur les pelouses, Deschamps répondra sûrement que lui, contrairement à Löw ou Lopetegui, n'est pas encore éliminé du Mondial 2018 et n'a pas été viré. Que sa France est toujours en course et que tant qu'elle le sera, elle fera figure de très sérieuse candidate au titre. Et peu lui importe, au final, qu'elle ait une identité facilement reconnaissable ou définie. Car la seule identité qui compte pour "DD", c'est celle de la gagne.

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