Giudicelli: "On a recherché la quinzaine la moins pénalisante"

ATS

18.3.2020

Son report à l'automne en raison de l'épidémie de coronavirus, annoncé à la surprise générale mardi, vaut à Roland-Garros les foudres d'autres tournois, US Open en tête. Mais aussi de joueurs et joueuses tombés des nues. Cette décision crée la perspective d'un calendrier infernal, avec deux Majeurs bout à bout.

Le président de la Fédération française de tennis: Bernard Giudicelli.
Keystone

Au moment de s'expliquer sur le report de Roland-Garros à fin septembre-début octobre, au lieu de mai-juin d'habitude, le président de la Fédération française de tennis Bernard Giudicelli n'en a pas fait mystère: «J'ai échangé avec les présidents de l'ATP, de la WTA et de l'ITF avant la prise de décision, nous avons informé les autres tournois du Grand Chelem, mais c'est vrai que c'est une décision qui nous appartient au final, parce que nous sommes seuls comptables des moyens et des actions que nous conduisons.»

Et la Laver Cup, lucrative exhibition dans laquelle est largement impliqué Roger Federer, dont la version automnale de Roland-Garros va chevaucher la quatrième édition prévue à Boston, du 25 au 27 septembre? «On a informé Tony Godsick (NDLR: patron de l'événement et agent de Federer) de notre décision, mais nous ne l'avons pas consulté», reconnaît Giudicelli.

On comprend aisément que ce n'est pas la concertation qui a présidé à la reprogrammation de Roland-Garros, une semaine après la fin théorique de l'US Open, et en même temps que dix tournois ATP et WTA, plus la Laver Cup.

«L'option qui nous semblait complètement inenvisageable, c'était de supprimer Roland-Garros du calendrier. On a recherché la quinzaine la moins pénalisante pour les autres circuits», défend le président de la FFT.

Si ATP et WTA restent pour l'instant silencieux, le choix de Roland-Garros n'a pas été accueilli à bras ouverts, en particulier par la Fédération américaine de tennis, organisatrice de l'US Open. «Une telle décision ne devrait pas être prise unilatéralement et l'USTA ne le ferait qu'après avoir consulté les autres tournois du Grand Chelem, l'ATP, la WTA, l'ITF et nos autres partenaires, y compris la Laver Cup», insiste-t-elle, en indiquant ne pas avoir «décidé à ce stade» de report de l'US Open 2020 (31 août-13 septembre) mais «étudier toutes les options», dont cette éventualité.

«Cette annonce a été une surprise pour nous et nos partenaires, la Fédération australienne de tennis, la Fédération américaine et l'ATP» et «soulève beaucoup de questions», souligne de son côté la Laver Cup, évènement imaginé sur le modèle de la Ryder Cup en golf, qui oppose une équipe européenne – articulée autour de Federer – à une sélection du reste du monde. «Déjà à guichets fermés», son intention est claire : se «maintenir aux dates prévues».

"Des décisions égoïstes et arrogantes"

Au-delà de leur surprise – à l'image du «Excusez-moi ???» tweeté, en français, par Naomi Osaka -, des joueurs se montrent très critiques, notamment du manque de concertation chronique dans la gouvernance du tennis mondial. «C'est une période tellement difficile. Améliorer la communication et travailler ensemble pour trouver des solutions devrait être la priorité. Pas faire cavalier seul et prendre des décisions égoïstes et arrogantes», attaque le Canadien Vasek Pospisil, membre du conseil des joueurs de l'ATP, particulièrement remonté.

«La FFT a agi seule sans se soucier d'aucun autre acteur du tennis», dénonce le Britannique Jamie Murray. «Je pensais que les instances du tennis étaient censées travailler ensemble désormais? Que deviennent les tournées européenne et asiatique programmées ces semaines-là ?«, s'interroge-t-il.

Passé «un sentiment de surprise», «je ne doute pas que très rapidement, l'envie de venir disputer le tournoi fédèrera tout le monde», répond seulement Giudicelli.

Pas de réaction du Big Three 

Tout le monde, vraiment? Avec un enchaînement théorique US Open/Roland-Garros, du dur new-yorkais à la terre battue parisienne, hyper exigeant physiquement et mentalement, la question se pose. A moins d'une réorganisation complète de la saison.

Quid de Rafael Nadal, sacré 12 fois Porte d'Auteuil, mais tenant des deux trophées? A 34 ans et après un nombre incalculable de blessures, aura-t-il la capacité d'encaisser un tel enchaînement? Quant à Federer, le télescopage avec sa Laver Cup n'augure rien de bon. Qu'en pense enfin le no 1 mondial Novak Djokovic? Aucun des membres du Big Three n'a encore réagi à cette nouvelle donne.

Retour à la page d'accueilRetour au sport