La nouvelle élimination des Bleues en quart de finale d'une compétition majeure, par l'Allemagne à l'Euro, est un échec pour les joueuses mais aussi une désillusion pour le sélectionneur Laurent Bonadei qui avait fait le pari de renouveler le groupe.
Pleinement lancées dans leur quart de finale grâce à un but et un carton rouge rapide contre l'Allemagne, les Bleues sont sorties par la petite porte de l'Euro, après un nouveau naufrage mental (1-1, tab 6-5).
Certes, les Allemandes sont la bête noire des Bleues, qui ne sont jamais sorties victorieuses en compétition officielle face à elles. Mais cette fois l'occasion semblait en or.
Les Françaises ont été incapables de profiter de 110 minutes en supériorité numérique et ont été éliminées encore une fois aux tirs au but, et encore par l'Allemagne, comme lors de la Coupe du monde 2015.
Cette élimination à ce stade la compétition, comme au Mondial-2023 et aux JO-2024, est-il un échec personnel pour le sélectionneur, arrivé en octobre ?
«Aujourd'hui, je suis très content de ce que j'ai vu sur l'évolution de la charnière centrale mais aussi de Melween N'Dongala, de Lou Bogaert et d'Oriane Jean-François au milieu du terrain. Elles ont apporté une grande satisfaction sur ces trois premiers matches», avait répondu lors d'un entretien accordé mercredi à l'AFP Laurent Bonadei, interrogé sur cette éventualité.
«On verra si l'évolution de cette équipe permet d'ambitionner plus» qu'un quart de finale, avait-il poursuivi, ajoutant vendredi devant la presse qu'il était déjà agréablement surpris des progrès de son équipe.
Mais une nouvelle sortie en quart de finale reste un revers pour le sélectionneur, sous contrat jusqu'en 2027, année de la Coupe du monde au Brésil. Sachant que Laurent Bonadei a fait des choix forts: ne pas sélectionner la capitaine emblématique Wendie Renard (34 ans), la meilleure attaquante de l'histoire des Bleues Eugénie Le Sommer (36 ans) et la milieu Kenza Dali (33 ans).
Il a décidé de se passer de ces joueuses d'expérience à quelques semaines de l'Euro: Renard compte 168 sélections pour 39 buts, Le Sommer a marqué 94 buts en 200 sélections et Dali compte 76 sélections et 13 buts.
Ces trois joueuses étaient présentes pendant les dernières grandes compétitions, la Coupe du monde en Australie en 2023 puis les Jeux olympiques l'été dernier à domicile, terminés sur une décevante défaite en quarts de finale contre le Brésil (1-0).
«Un échec» selon Toletti
Il avait expliqué avoir fait ces choix «pour l'avenir», voulant lancer une nouvelle ère et des jeunes joueuses qui arriveront au Mondial brésilien de 2027 avec de l'expérience, à l'image des défenseuses Alice Sombath, Thiniba Samoura, Lou Bogaert (21 ans) ou encore Melween N'Dongala (20 ans).
«Tout le monde a sa chance, mais personne n'est indispensable», répète depuis plusieurs mois l'ancien adjoint d'Hervé Renard. Mais le timing de cette décision avait surpris, soit seulement un peu plus d'un mois avant le début de la compétition, comme si Laurent Bonadei était davantage projeté sur le Mondial que sur cet Euro.
La question est de savoir comment vont réagir la Fédération et notamment Jean-Michel Aulas, vice-président en charge de l'équipe de France féminine, alors que le dernier carré est souvent l'objectif affiché et que les Bleues avaient atteint les demi-finales en 2022 sous les ordres de Corinne Diacre.
Des joueuses cadres de l'équipe de France avaient d'ailleurs reconnu cette semaine qu'une élimination contre l'Allemagne serait «un échec». «Oui bien sûr, on est des compétitrices, on a des ambitions», avait estimé la vice-capitaine Sandie Toletti.
L'homme de 55 ans, qui a fait de la préparation mentale, la cohésion, la rotation de l'effectif et la jeunesse ses points cardinaux de manager, était attendu au tournant. Comme son prédécesseur, il a échoué à briser le plafond de verre des Bleues, au moment même où leur capital sympathie semblait en hausse.