Paul («Les 12 coups de midi»): «Jean-Luc Reichmann garde un oeil sur moi»

Caroline Libbrecht / AllTheContent

4.9.2020 - 09:59

L'étudiant en histoire atteint du syndrome d'Asperger a enchaîné les victoires dans l'émission «Les 12 Coups de Midi» sur TF1.
Ed. Harper Collins

Du haut de ses 21 ans, Paul El Kharrat a marqué l'histoire du jeu «Les 12 Coups de Midi», sur TF1. L'étudiant en histoire atteint du syndrome d'Asperger a enchaîné les victoires. Dans le livre «Ma 153e victoire», il raconte son parcours. Touchant et surprenant.

Avez-vous senti très tôt que vous étiez atypique?
Etant dans ma bulle, je ne me suis pas aperçu que j’étais différent! Mais plus le temps passait, plus je me sentais en décalage et plus il était difficile pour moi de m’adapter à un monde où les autres s’amusaient, sortaient, alors que moi j’aimais rester enfermé avec mes livres…

Très jeune, vous êtes parti vivre à la Réunion. Quels souvenirs en gardez-vous?
J’avais quelques mois, lorsque mes parents ont déménagé. Trois ans plus tard, j’ai eu un petit frère, c’était dur de ne plus avoir toute l’attention de mes parents. Mais c’était une très belle destination, j’ai découvert des paysages merveilleux. En 2004, on est revenus en métropole, à Chartres. Une période heureuse marquée par l’arrivée de ma petite soeur, en 2006.

«Je ne me sentais pas à ma place, je restais dans mon coin...»

En 2009, vous êtes repartis loin, cette fois en Martinique. Vous-en souvenez-vous?
Oui, c’était une toute autre ambiance. J’avais dix ans. J’ai eu un peu de mal à prendre mes marques, mais je suis resté concentré et j’ai réussi à faire face et à avancer, malgré le changement d’environnement. En novembre 2015, on est rentrés en métropole, à Grenoble. Là, j’ai sérieusement déprimé. Le climat n’était plus le même, il pleuvait, il neigeait, je ne connaissais personne. Je ne me sentais pas à ma place, je restais dans mon coin et je n’arrivais pas à aller vers les autres. Heureusement, les autres sont venus vers moi et m’ont aidé à m’intégrer.

A quel moment avez-vous été diagnostiqué Asperger?
A l’âge de 16 ans, en juin 2015. C’est un syndrome méconnu, le diagnostic se fait souvent tard. Dans mon cas, on peut imaginer que ça a été tardif, mais ce n’est pas le cas, comparé à d’autres parcours. Le diagnostic a été un soulagement: je me doutais que j’avais des soucis, un handicap, un syndrome et j’ai voulu être éclairé pour être mieux accompagné par la suite. J’ai pu en parler autour de moi et ma différence a été enfin prise en compte.

«Ma dernière période de dépression date de 2018.»

Aujourd’hui, à 21 ans, comment vous sentez-vous?
Je vais mieux. Ma dernière période de dépression date de 2018. Cela a été très dur à supporter, très violent. J’ai souffert énormément, puis c’est passé. C’est à ce moment-là que je me suis senti suffisamment bien pour participer au jeu «Les 12 Coups de Midi», présenté par Jean-Luc Reichmann, sur TF1.

Participer au jeu de TF1 «Les 12 Coups de Midi», était-ce un défi?
Je suis sorti de ma zone de confort: le domaine de la télévision n’est pas du tout fait pour moi. Rester aussi longtemps dans un jeu télévisé, c’est quelque chose d’incroyable, je ne m’en serais jamais senti capable. C’est parce que je pensais que c’était impossible que je l’ai fait! J’aime me dépasser et aller au bout de mes objectifs. Une fois l’aventure terminée, j’ai réalisé que c’était une aventure incroyable. J’ai passé cinq mois inoubliables. Sûrement les plus heureux de ma vie.

«On prend des nouvelles l’un de l’autre.»

Vous souvenez-vous de votre premier jour dans le jeu?
Je me suis demandé ce que je faisais là. Je ne saurais pas dire si c’était un bon ou un mauvais moment. C’était un moment à passer! J’étais stressé, angoissé, je ne pouvais pas faire autrement qu’être là et répondre aux questions, en restant concentré.

Jean-Luc Reichmann vous a-t-il mis à l’aise?
Oui, il a été extrêmement sympathique. Depuis mon éviction du jeu, j’ai gardé de bons rapports avec Monsieur Reichmann, et inversement. On prend des nouvelles l’un de l’autre. Il m’a invité sur le tournage de sa série «Léo Matteï» et au concert de Jean-Louis Aubert. Il garde un oeil sur moi, et c’est très gentil de sa part.

Au fil du jeu, vous avez gagné en assurance…
Une évolution s’est opérée au fil du temps, car la confiance était présente. Les autres candidats du jeu accaparaient l’attention, ce qui me déchargeait des regards persistants posés sur moi. J’étais de dos par rapport à la moitié du public, donc ça me détendait aussi un peu.

Cela vous a-t-il fait plaisir de parler des autistes Asperger sur une chaîne de télévision, à une heure de grande écoute?
Oui! Ce sont des personnes sensibles, intéressantes et intelligentes. Malgré leurs difficultés, il faut les prendre en considération. Je ne suis pas un porte-parole de l’autisme en règle générale, mais si je peux donner envie aux gens de venir sur un plateau, de participer à un jeu et de se dépasser, tant mieux! J’ai reçu beaucoup de retours positifs, d’encouragements. Les gens me disaient que j’étais attachant, adorable… Je répète ce qu’on m’a dit! (rires)

«Et puis ça m’énerve qu’on s’intéresse à ma personne car je passe à la télé!»

Vous parlez dans votre livre de votre solitude sentimentale. Des femmes se sont-elles manifestées à cette occasion?
Quelques-unes m’ont complimenté, elles m’ont dit que j’étais intéressant, gentil, cultivé, attentionné… mais je suis assez hermétique, car je ne connais pas ces gens. Et puis ça m’énerve qu’on s’intéresse à ma personne car je passe à la télé! Personne ne me connaît! (rires) Je pars du principe qu’on ne connaît jamais vraiment l’autre.

Etiez-vous triste que l’aventure s’arrête?
Je ne m’en veux pas d’avoir perdu. J’ai accepté la défaite. Pourtant, j’ai une faible estime personnelle et je suis assez dur avec moi-même. J’ai un côté intransigeant, avec moi-même et avec les autres. Je peux paraître rigoureux et véhément au premier abord. Fier de moi? Cela m’embêterait de le dire, mais disons que je suis content de mon parcours. Il faut dire que, sur le plateau, j’ai été entouré de personnes très sympathiques qui m’ont permis de rester longtemps.

Combien avez-vous gagné grâce au jeu? 
J’ai gagné 691 522 euros en gain cadeaux. C’est énorme! C’est même trop pour moi. J’ai donné ou revendu certains objets et j’ai gardé des choses que j’aimais bien, telles qu’un ordinateur, des tableaux numériques et des livres. J’ai aussi gardé une lampe et un fauteuil!

Avez-vous envie de participer à d’autres jeux?
Oui, j’aimerais participer à «Questions pour un Champion», «Qui veut gagner des Millions» et «Fort Boyard». Mais pour l’instant, je me consacre à la promotion de mon livre, «Ma 153e victoire» (Ed. Harper Collins). J’ai adoré l’écrire, moi qui passe mon temps à dévorer les livres des autres. Ecrire 190 pages à 21 ans, c’est déjà pas mal! (rires)

«Ma 153e victoire», par Paul El Kharrat (préface de Jean-Luc Reichmann), Ed. Harper Collins.
Ed. Harper Collins
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