JO : Kyushu, ou comment se connecter à l'essence du Japon

Relaxnews

14.2.2020 - 18:18

En voyage au Japon à l'occasion des prochains Jeux Olympiques d'été (24 juillet-9 août), si un aller-retour Tokyo-Kyoto installera les spectateurs dans les starting-blocks pour aborder le B.A-ba de la culture nippone, le séjour mériterait amplement d'être prolongé pour une immersion au coeur de l'archipel. Direction Kyushu. 

A deux heures de vol de Tokyo, Fukuoka constitue la porte d'entrée principale pour partir à la découverte de l'île de Kyushu. Depuis cet aéroport international, désigné comme le plus accessible au monde – le site est en effet enclavé dans le centre-ville, les salary men en provenance de la capitale nippone partent en réunion tandis que les visiteurs embarquent pour un séjour dépaysant. L'eau turquoise d'un côté, la montagne verdoyante de l'autre, une succession de champs de riz pour sculpter les nuances d'un patchwork verdoyant, le panorama entre mer et montagne déroule au rythme d'autant de ponts que nécessaire pour relier chaque morceau de la troisième plus grande île de l'archipel, tout au sud. 

De retour aux sources

Loin des buildings tokyoïtes, Kyushu est une promesse de connexion à la nature. Avec le mont Aso en ligne de mire, le volcan le plus actif du Japon, c'est une véritable cartographie de sources chaudes qui est mise à disposition pour qui veut goûter au rituel du «onsen» (source chaude en japonais). A Beppu, au bord de la mer intérieure, il n'est pas rare d'apercevoir des singes se baigner en hiver. Ou tout à l'ouest, un autre «enfer», celui de Unzen Hell. Sur la péninsule de Shimabara, le parc national de Unzen constitue la Mecque des sources chaudes sur Kyushu. Le paysage est lunaire. On y approche des mottes de terre en ébullition. Et les profanes s'étonneront des lourds fumerolles qui troublent la vue aux automobilistes. Une immersion dans la culture japonaise serait incomplète sans une nuit réservée dans un ryokan, une auberge traditionnelle où goûter à la cuisine kaiseki et au rituel des sources chaudes. «Les Japonais se rendent quatre fois aux onsen. Une première lorsqu'ils arrivent au ryokan, une deuxième avant le dîner, une troisième après le dîner et une dernière fois le lendemain avant le petit-déjeuner» explique Keiko Arito, guide et traductrice auprès du bureau de tourisme JNTO.

Revigorés par les bienfaits d'une eau thermale à 40°, les voyageurs peuvent alors aborder dans les meilleures conditions une rencontre avec la colonie de dauphins – on parle d'un groupe de plus de 200 individus, qui peuplent les eaux d'Amakusa. Les capitaines des croisières assurent à leurs clients la quasi-certitude de les approcher, à l'exception de la saison hivernale.

Entretenir la mémoire du passé

Berceau de la civilisation japonaise, Kyushu conjugue aussi son passé douloureux à un présent optimiste. Car l'île aux treize millions d'habitants fut lourdement meurtrie par la bombe atomique le 9 août 1945, ici à Nagasaki. Voyager à Kyushu est ainsi plus qu'une leçon d'histoire, c'est un cours de résilience. Le silence est de mise au mémorial de la paix de Nagasaki ainsi qu'autour de l'hypocentre qui marque l'endroit exact où l'explosion au plutonium eut lieu. Cette tragédie causa la mort de 75.000 personnes, en blessa 74.000 autres tandis que les radiations engendrèrent des effets à long terme sur la santé de la population survivante et de leurs descendants. On pèse aussi les conséquences du tremblement de terre de 2016 en visitant le château de Kumamoto, témoignage fortifié de la culture samouraï au Japon. 

Accès privilégié par les Espagnols et les Portugais pour enseigner le culte catholique ou entretenir des affaires commerciales avec le Japon dès le XVIe siècle, la destination promet aux voyageurs européens et américains d'ouvrir une passionnante page d'histoire qui lie le Japon à l'Occident. Il faut prendre le temps d'apprécier la quiétude qui règne dans le petit village de pêcheurs de Sakitsu, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Durant plus de 250 ans, le catholicisme fut prohibé et les fidèles ont fait mine de suivre les préceptes du bouddhisme et du shintoïsme pour éviter la persécution. En résulte aujourd'hui un véritable exemple de tolérance avec la coexistence des trois cultes, donnant lieu à des sites atypiques. En gravissant la montagne, sous le torii (porte traditionnelle qui ouvre tout lieu shintoïste) du sanctuaire Suwa de Sakitsu, on aperçoit ainsi l'église catholique de style gothique tout en béton qui détonne à l'intérieur par la présence...d'un tatami.

Les touristes sont également nombreux à visiter l'île artificielle de Dejima, dans la baie de Nagasaki. Elle est le vestige du seul point d'ancrage autorisé aux Portugais puis aux Néerlandais pour commercer avec des marchands japonais du XVIIe jusqu'au milieu du XIXe siècle. Rappelons que de 1603 jusqu'en 1868, l'ère Edo a imposé au Japon une politique isolationniste pour contrer toute influence occidentale tant dans les affaires commerciales que spirituelles. L'isolement fut finalement rompu avec le début de l'ère Meiji.

Autre vestige du passé, l'île de Gunkanjima située dans la baie de Nagasaki fait frissonner. Jusqu'à 5.300 habitants en 1959 – hommes, femmes et enfants, ont dédié leur vie à l'exploitation du charbon sur ce bout de terre d'à peine plus de six hectares. Les dernières familles ont quitté les lieux en 1974, mais de nombreuses ruines subsistent et confèrent aux lieux une atmosphère étrange, palpable jusque sur la navette qui amène les voyageurs faire le tour de cette île à la silhouette de navire de bataille (gunkan signifie bateau en japonais). Avec les dégâts causés par le typhon en août 2019, il n'est plus autorisé de poser le pied sur Gunkanjima. 

Terre nourricière

Ancré dans un climat subtropical, qui facilite la présence de quelque 200 variétés d'agrumes, Kyushu est aussi le grenier du Japon. Destination la plus proche de la Corée, la culture du riz a été introduite au Japon à partir de ce point de passage. Rizières en terrasses ou simples champs en bord de route, la céréale de base de l'alimentation nippone accompagne les visiteurs dans leur périple, jusque dans l'assiette. Dans la préfecture de Kumamoto, reconnue pour la pureté de son eau de source, la maison Hamada produit une sauce soja de grande qualité depuis 1818. Le nectar fermente et mature durant quelque 540 jours, assez pour ébranler toutes nos connaissances gustatives sur cet assaisonnement indispensable à la cuisine japonaise.

On utilise aussi de la sauce soja pour l'associer au saké et laquer l'anguille servie à Yanagawa. A une heure de route de Fukuoka, la petite Venise japonaise, où les touristes viennent goûter au calme d'une promenade au fil de l'eau d'un long réseau de canaux, on déguste cette spécialité marinée puis cuite à la vapeur. En dessert, les becs sucrés s'étonneront de découvrir le castella, un «sponge cake» d'origine portugaise que les missionnaires chrétiens distribuaient lorsqu'ils arrivaient dans le port de Nagasaki.  

Et pour éponger, si le saké est une évidence pour qui souhaite découvrir la culture culinaire nippone, l'île de Kyushu a donné naissance au shochu, une liqueur distillée à partir de blé, de riz ou de patate douce. Les habitants la dégustent «on the rocks», sinon allongée avec de l'eau ou du thé. Quant à une alternative sans alcool, la destination est toute trouvée pour apprivoiser les saveurs du thé matcha. La plus précieuse poudre de thé vert est produite dans la ville de Yame, dans la préfecture de Fukuoka. Kanpai !  

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