Le Portugal veut vaincre son complexe face à l'encombrant voisin espagnol

ATS

14.6.2018

Championne d'Europe en titre, la Seleção entre d'emblée dans le vif du sujet en Russie. Elle affrontera une équipe d'Espagne perturbée, contre qui elle peine à gagner. Ce vendredi, Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers entendent bien mettre fin au "complexe espagnol".

Le Portugal comptera évidemment sur Cristiano Ronaldo pour vaincre son voisin espagnol et lancer idéalement son Mondial.
Keystone

Le sport est ainsi fait que des rivalités s'aiguisent au fil des époques. Que des signes indiens se dessinent, toujours vaincus, un jour ou l'autre, par les malheureux envoûtés. Cette chance est offerte au Portugal, vendredi à Sotchi, dans le premier choc du Mondial 2018 (20h00).

Même s'il ne s'agit pas ici d'une malédiction - le Portugal affichant un bilan de 8 victoires, 12 nuls et 17 défaites contre son voisin ibérique -, la Seleção sort de deux douloureuses expériences face à la Roja. Auréolés, enfin, d'un premier titre il y a deux ans à l'Euro, Cristiano Ronaldo et Cie peuvent d'emblée faire taire les sceptiques.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer: le Portugal a certes gagné l'Euro 2016 mais, bien qu'il n'ait rien volé et que personne ne pourra le lui enlever, il n'a ni l'aura ni la panoplie d'un grand de ce monde. Et la lecture faite de sa conquête continentale ravive bien plus les souvenirs danois (1992) ou grecs (2004) que néerlandais (1988), français (2000) ou espagnols (2008 et 2012). Un livre, si glorieux soit-il, rangé au rayon des anomalies, des cocasseries, des surprises divertissantes. Pas à celui des marches triomphales.

Quelque chose à prouver

Le Portugal, ce roi roturier ayant fait main basse sur les armoiries sans pourtant avoir le sang bleu, a quelque chose à prouver. En France, il y a deux ans, il n'avait presque croisé personne dans son ascension (Hongrie, Islande et Autriche dans un groupe qui l'a vu finir troisième, puis Croatie, Pologne et Pays de Galles avant d'arracher le trophée à la France). En Russie, cette année, la Seleção démarrera face à un monstre. Perturbé, mais néanmoins monstrueux.

Comme lors de la Coupe du monde 2010, en Afrique du Sud, dans un huitième de finale extrêmement serré. Peut-être le match dans lequel la flamboyante Roja a été le plus bousculée. Un affrontement tactique scellé par une réussite de David Villa à la 63e.

Comme, aussi, lors de l'Euro 2012 en Pologne et Ukraine, lors d'une demi-finale au cours de laquelle les Portugais avaient pratiquement fait tout juste. S'échinant non pas à se recroqueviller en défense ni à museler le génie Xavi, la Seleção avait concentré tous ses efforts sur la relation entre Piqué et Busquets, responsables de la première relance, et avait mis les Espagnols en très grande difficulté (victoire aux tirs au but après un 0-0 tendu).

Ascendant psychologique

L'ascendant psychologique de la Selección existe indubitablement. Mais qui mieux que la Roja peut savoir que ce type de rapports de forces est appelé, tôt ou tard, à s'inverser ? L'Espagne elle-même a nourri un complexe long de... 88 ans en match officiel contre l'Italie. Jusqu'au déclic: une victoire en quart de finale de l'Euro 2008 qui, de l'avis des acteurs de l'époque, a du même coup balayé des décennies de complexes ibériques.

La France peut elle aussi témoigner. C'est en battant l'Italie également - déjà en quart de finale et déjà aux tirs au but - que la bande d'Aimé Jacquet a pris conscience, en 1998, qu'elle pouvait réellement broder une étoile sur son maillot encore vierge.

Alors, bien sûr, ce Portugal - Espagne ne s'inscrira pas dans le vertige de ces allers sans retour. Il ne s'agira finalement "que" d'un premier match de poule. Mais un premier match crucial quand même dans la grande forge des destins footballistiques.

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