Brignone : "Ils sont en train de nous prendre pour des cons"

Chris Geiger, à Crans-Montana

22.1.2021

Lauréate du classement général de la Coupe du monde l'hiver dernier, Federica Brignone connaît un début de saison poussif. Présente à Crans-Montana, l'Italienne espère se relancer ce week-end sur sa piste fétiche du Mont-Lachaux. Interview exclusive.

Actuellement huitième, Federica Brignone a fait une croix sur le classement général.
Keystone

Federica Brignone, comment vous sentez-vous à l'heure d'aborder les épreuves de Crans-Montana ?

"J'ai toujours une bonne confiance sur cette piste. Je l'aime bien car il y a des passages intéressants. Il s'agit d'une descente qui me convient assez bien. Cette année, il n'y a toutefois pas l'habituelle neige de printemps que j'aime encore davantage. La neige est plus hivernale et va moins vite, c'est donc plus facile que d'habitude. Plus globalement, j'espère que, dans un moment où je ne suis pas trop en confiance avec mes skis, surtout en course, ces conditions et ces rendez-vous ici vont m'aider pour le reste de la saison."

Cette piste du Mont-Lachaux vous convient bien, vous qui êtes déjà montée à cinq reprises sur un podium ici. Quelles sont vos attentes pour les deux descentes et le Super-G au programme ?

"Avec le peu de confiance accumulée dernièrement, mon objectif est de skier à mon maximum et retrouver des certitudes. J'espère pouvoir y arriver durant ces courses. A la base, je ne pensais pas m'aligner en descente ici à Crans-Montana. Je vais en tout cas prendre le départ de celle de vendredi, mon grand but du week-end étant le Super-G de dimanche. Je vais prendre jour après jour et décider par rapport à mon état de forme."



Comment expliquez-vous ce manque de confiance ?

"Je n'ai pas encore su skier à mon maximum cette saison. Je suis à la recherche de ce 'feeling' en compétition, car à l'entraînement je skie plutôt bien. J'ai eu beaucoup de pression et je m'en suis mis énormément. Je voulais encore faire mieux que l'année passée (ndlr : lauréate des classements du général, du géant et du combiné) et je n'acceptais pas de ne pas être au top. Cette attitude m'a vraiment mise dans un tunnel. J'avais donc peur de faire des fautes ou de sortir, ce qui m'a empêché d'être sereine et d'aller vite comme j'en suis capable."

Votre début de saison semble donc être en deçà de vos attentes. Y a-t-il toutefois des satisfactions ?

"Oui, l'hiver avait bien débuté à Sölden (ndlr : 2e en géant) puis à Courchevel (ndlr : 5e et 2e en géant). Je ne m'attendais pas à ces bons résultats, surtout en France. J'avais alors réussi quelque chose d'extraordinaire en allant chercher un podium après être tombée. Je retiens également du positif des épreuves de Val d'Isère, où j'avais lourdement chuté en descente. J'avais eu très peur sur le moment. Je n'arrivais d'ailleurs plus à mettre ma chaussure durant deux jours, mais j'étais quand même parvenue à prendre le départ du Super-G le surlendemain. C'était une belle satisfaction. J'espère donc continuer à vivre de belles émotions et réussir à enfin donner mon 100%."



Au classement général de la Coupe du monde, vous pointez à 346 points de la leader actuelle, Petra Vlhova. Allez-vous réussir à défendre votre Gros Globe de cristal ?

"C'était évidemment mon objectif de base, mais c'est désormais impossible. Je pense également que je n'arriverai pas à défendre celui du géant (ndlr : 150 unités de retard sur Marta Bassino). Désormais, je vais me concentrer sur mon ski et essayer de faire toutes les courses au mieux. J'espère surtout m'amuser car, pour le moment, j'ai très mal vécu ce début de saison."

Vous allez toutefois pouvoir vous rattraper aux Championnats du monde de Cortina...

"C'est dur de faire des Mondiaux à la maison. Cette année sera toutefois différente car il n'y aura ni le public, ni les sponsors... Ce sera donc plus facile. En tant qu'Italienne et favorite, j'ai beaucoup de pression et c'est très difficile de la gérer. Je pense donc que le huis clos va m'aider un peu. En ce moment, mes coéquipières sont également davantage favorites que moi, ce qui m'enlève aussi de la pression. Je vais aller à Cortina en sachant que tout repart à zéro. Si je veux y réussir de bons résultats, il faudra toutefois réussir à skier plus vite que ce que j'ai fait jusqu'à présent."



Vous aviez remporté la médaille d'argent en géant à Garmisch-Partenkirchen en 2011. L'objectif du côté de Cortina sera forcément d'étoffer votre palmarès, non ?

"C'était il y a si longtemps (rires) ! Mais, effectivement, ce serait vraiment super de remonter sur un podium, surtout en Italie. Je suis toutefois une athlète qui n'aime pas forcément les courses d'un jour. Je peux réussir à performer, mais l'inverse aussi. Pour moi, la Coupe du monde est ce qu'il y a de mieux. Le ski, c'est la Coupe du monde."

Vous allez retrouver le combiné à l'occasion des Championnats du monde, épreuve dans laquelle vous excellez mais qui a disparu du calendrier de la Coupe du monde. Une bonne nouvelle pour vous ?

"C'est évidemment bien qu'il y ait cette compétition car ça offre une possibilité supplémentaire de remporter une médaille. Il s'agit, en plus, d'une discipline que j'adore. Je trouve toutefois que c'est con car, si la FIS ne veut plus du combiné, il ne faut plus en proposer du tout. Cette année, l'instance a utilisé l'excuse du Covid-19 pour ne plus en mettre au calendrier de la Coupe du monde afin de limiter les contacts entre les descendeuses et les slalomeuses. Le problème ? Presque toutes les filles participent à l'intégralité des disciplines. On est donc toujours toutes ensemble, mais on est aussi toujours toutes contrôlées. C'est pourquoi j'aimerais savoir quel est le véritable problème..."



Un mot quand même sur votre changement de statut. Le Gros Globe de cristal a-t-il changé votre vie ?

"Ma vie a changé à cause du coronavirus, pas en raison du titre en Coupe du monde (rires) ! J'adore comme je suis, la personne que je suis. Ce n'est pas un résultat sportif qui me fera changer. J'ai toujours les mêmes amis, avec qui je préfère être plutôt que passer du temps avec des célébrités que je ne connais pas. Ces gens me cherchent juste parce que j'ai gagné quelque chose dans ma vie. Je préfère donc passer du temps avec des personnes qui m'aiment pour ce que je suis - l'athlète ou la personne - et parce qu'ils s'amusent avec moi."

Vous évoquiez la crise sanitaire. Comment cette dernière a-t-elle impacté votre vie ?

"C'est compliqué car, à mon avis, beaucoup de règles n'ont pas de sens. Je me demande si le but est vraiment de confiner le virus ou simplement de se laver les mains et de s'ôter toute responsabilité si des gens meurent. Pour moi, on est actuellement dans ce deuxième cas de figure et ça me dérange beaucoup. J'ai envie de dire : 'Vous ne vous rendez pas compte qu'ils sont en train de nous prendre pour des cons ?' Par exemple, si on marche tout seul dans la rue en Italie, il faut porter un masque. Ce n'est qu'une question d'image. On ne met pas le masque pour protéger les autres, mais pour la télévision. Actuellement, on a perdu de vue le véritable objectif du port du masque. En ce moment, les gens vivent ainsi dans la peur ou ne vivent plus. Je ne suis pas comme ça. Ça me dérange donc d'avoir à respecter des règles stupides. Cette situation me pèse beaucoup."

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