Laurence Ferrari: «J’aimerais vivre au bord du lac Léman!»

Laura Campisano / AllTheContent

3.9.2019

Présente à Annecy pour les Variations classiques, festival de musique classique dont elle était la marraine, Laurence Ferrari a joué les récitantes sur la scène de Bonlieu. Entre deux accords, la journaliste est revenue sur sa carrière et sa vie.

Il semble que la musique classique ait une grande importance dans votre vie, depuis l’enfance jusqu’à votre venue à Annecy ces derniers jours?

Oui, il a une cohérence dans tout ça, un fil rouge qui prend racine dans mon enfance, puisque je suis issue d’une famille de musiciens: mon grand-père était professeur de musique, guitariste et violoncelliste, mon père était violoncelliste et son frère violoniste donc ça me rappelle quelque chose. J’ai moi-même fait du piano jusqu’à mes 18 ans. Il y avait de la musique absolument tout le temps, la musique m’a suivie, je ne sais pas rester sans musique, chez moi, dans ma voiture: j’en ai besoin. Puis elle m’a rattrappée quand j’ai rencontré Renaud (Capuçon, son mari violoniste, ndlr) évidemment, en entrant dans le monde des grands artistes. C’est absolument merveilleux. Donc oui, ça a démarré dans mon enfance, c’est arrivé jusqu’à ma vie de famille. Et constitue maintenant, quasiment, un des piliers de ma vie puisque Renaud fait de la musique à la maison, mes enfants font tous de la musique. Tout ça est une espèce de joyeux mélange qui résonne à la maison, entre le jazz que peuvent faire mes enfants et le classique de Renaud.

Vous y consacrez d’ailleurs une partie de votre activité professionnelle, sur «Radio Classique» à présent, comment passe-t-on de l’information politique aux concertos?

C’est venu un peu par hasard, les dirigeants de «Radio Classique» m’ont contactée pour l’émission et je leur ai dit «oui, avec grand plaisir, mais surtout pour parler musique, pas pour parler info». Parce qu’en tant que journaliste, je baigne dans l’info toute la journée, je voulais faire autre chose. Donc ça a été un grand challenge l’an dernier, car il a fallu que je travaille, ce n’est pas ma matière naturelle, chaque émission me demande beaucoup de travail. A la faveur de l’émission «Entrée des artistes», ça a donné des idées à un certain nombre de festivals de me solliciter en tant que marraine, ou récitante comme l’a fait ici Marianne Gaussiat (la directrice artistique du festival d’Annecy, ndlr).

Venir à Annecy, ça a une autre résonnance pour vous?

Oui, ça a une autre résonnance évidemment parce que je suis presque chez moi, puisque je suis née sur les rives du Lac du Bourget à Aix-les-Bains. Donc je me sens pratiquement à la maison, avec ce magnifique lac, certes un peu moins romantique que le mien, mais tellement beau avec ses couleurs. Et aussi, je suis là par amitié pour Marianne, c’est quelqu’un que j’aime infiniment et qui porte magnifiquement le festival. Ici, il y avait tout, le cadre, l’écrin, le cadeau «Pierre et le loup» et l’amitié de Marianne: autant de bonnes raisons de venir.

Votre activité est très dense, surtout en cette rentrée, mais vous arrive-t-il néanmoins de venir de temps en temps en Suisse également?

On va très souvent en Suisse, d’abord parce que mon époux Renaud est enseignant à Lausanne (HEMU, Haute école de Musique de Lausanne où il dirige un ensemble «soloists», composé d’étudiants et anciens étudiants de l’école, ndlr). Et depuis le 1er juillet 2019, il a repris la direction artistique de la Menuhin Academy, donc il est très très souvent en Suisse. Et moi c’est un endroit que j’aime beaucoup, et pour vous dire j’aimerais y vivre, au bord du lac Léman! Voilà c’est un rêve, quelque chose qui me berce dans les moments de ma vie tumultueuse parisienne, je me dis qu’il y a un autre endroit où on peut vivre plus paisiblement dans un cadre à tomber par terre. On est tous les deux amoureux de la Suisse, et c’est dans un coin de notre tête…

Dans ce tumulte, en 30 ans de métier de journaliste, quel est le média que vous préférez?

J’ai fait surtout de l’audiovisuel, j’adore la télé. Je suis «née» en radio, c’est là que j’ai appris mon métier de journaliste, c’est là que j’ai commencé ma carrière. Comme je le dis souvent, «je suis rentrée, je n’étais rien, je suis sortie j’étais journaliste et c’est déjà pas mal». J’avais un métier entre les mains, j’ai appris à poser ma voix et à travailler. Donc c’est mon berceau, c’est là que je suis née, mais je trouve qu’il y a quelque chose d’assez incroyable avec la télévision et le travail de l’image, en tout cas au service de l’information. Et c’est ce que je fais tous les soirs sur Cnews. On est au cœur de l’actualité, de tout ce qui se passe. J’aime ce média parce qu’il est complet, instantané, parce que c’est le média de la vie, l’impulsion de la vie. Je crois que, même si j’aime la radio et que je l’aimerai toujours -la preuve j’y suis encore aujourd’hui - il y a quelque chose avec la télé qui a trait à l’adrénaline et c’est assez excitant.

Vous touchez à tout, on a pu récemment découvrir votre travail sur l’année qui a suivi le décès de Johnny Hallyday. C’est encore un métier différent. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce mode d’expression?

L’idée du documentaire sur Johnny, on l’a eue avec Victor Robert. On a fait un très joli film. C’est important en effet de pouvoir s’exprimer différemment, pas seulement à l’antenne mais aussi hors antenne. J’aime bien l’idée d’interviewer les gens et qu’on entende simplement ma voix.

Cela rejoint la radio finalement, alors que dans vos émissions «Punchline» et «Ça se dispute» sur Cnews, vous êtes au cœur des débats, beaucoup plus exposée. Cela demande-t-il des aptitudes particulières?

Oui, déjà ça demande d’être immergée dans l’info du matin au soir, c’est une partie très sympa du métier mais aussi très contraignante. Et puis au fil de la journée, sentir le vent de l’information, savoir ce qu’on veut dire. Donc après, tout l’art consiste à réunir les invités autour de la table, qui ont des points de vue différents sinon ce n’est pas drôle. Qu’ils s’opposent mais sans non plus se hurler dessus, sinon ce n’est pas agréable pour le téléspectateur. Donc oui, c’est être un chef d’orchestre, d’un orchestre très dissipé. Ça demande beaucoup d’énergie, de maîtrise de soi évidemment, d’autorité… parfois de quasiment taper du poing sur la table, ce qui ne me déplaît pas. Et j’aime beaucoup le contraste entre les deux exercices: sur Radio classique, j’ai l’impression d’être dans un bain d’huiles essentielles avant de monter sur le ring à 18 heures. C’est comme si je faisais du yoga avant de partir en trekking. C’est un très bon équilibre, quatre heures de direct par jour, c’est pas mal.

D’autant que le métier de journaliste a beaucoup changé depuis vos débuts. Y a-t-il des choses qui vous manquent, ou vous déçoivent aujourd’hui?

Notre métier a été évidemment bousculé depuis l’arrivée des réseaux sociaux, vers 2004-2005, où on a commencé, nous journalistes, à percevoir l’importance des réseaux sociaux qui est allée crescendo jusqu’à aujourd’hui. C’est un nouveau paramètre qu’il faut qu’on prenne en compte, parce que c’est un vecteur d’information et de désinformation, les deux en même temps. Le meilleur et le pire, mais on doit composer avec. Donc, c’est à la fois quelque chose qu’il faut qu’on regarde, qu’on scrute, mais surtout qu’on vérifie. Avec l’accélération du tempo, maintenant tout le monde, je pense, fait extrêmement attention, et notamment depuis la crise des gilets jaunes. Les téléspectateurs ou lecteurs, ne peuvent pas se faire une opinion au travers d’un seul vecteur d’informations, il ne faut pas penser monothématique. On peut se servir de plusieurs opinions, il faut surtout leur dire que les journalistes font leur travail. Après il y a beaucoup de fantasmes alors que lorsqu’on croise des gens sur le terrain, et qu’on en parle, ils se rendent bien compte qu’on fait ce qu’il faut.

Et avec vos enfants, vous parvenez à leur montrer la différence entre ce qui circule sur les réseaux sociaux et la véritable information?

J’ai de la chance, les deux plus grands ne sont pas très consommateurs de réseaux sociaux, un tout petit peu Instagram mais c’est tout. Je n’ai pas du tout de soucis de ce côté-là. On verra pour le dernier qui n’a que 8 ans, on n’y est pas encore. Mais c’est vrai qu’il y a une vraie addiction de certains jeunes des réseaux sociaux, notamment Snapchat, Instagram etc. Même si ça, ce n’est pas de l’information, plus de la mise en valeur égocentrée, comme malheureusement notre société le favorise. En revanche, je leur dis beaucoup que pour s’informer ils doivent passer par les grands médias, les journalistes en tous cas: «Ne vous informez pas que par Facebook parce que c’est désastreux, faites-moi le plaisir de lire un journal de temps en temps, la radio, “le Monde”, de regarder un journal à la télé.» Je pense qu’en ça j’ai réussi, mais il faut le dire à tout le monde: ce qui passe sur les fils d’actualité n’est pas la vérité.

Quand vous présentiez le journal télévisé, vous étiez la cible de paparazzis et de journaux people, est-ce que le fait d’être passée du côté des interviews politiques et de la radio a permis de baisser cette tendance?

C’est un vrai soulagement de ne plus être la cible de la presse people, C'est ce que j’ai dû vivre pendant 4 ans quand je présentais le 20 heures, avec un empiétement permanent sur ma vie privée, avec des intrusions, des choses très désagréables, sans se plaindre outre mesure. C’était inacceptable, je ne me suis pas laissée faire. Je pars du principe que ma vie privée m’appartient, comme tout un chacun. Depuis que j’ai quitté le 20 heures, ça s’est considérablement atténué. Il y a de temps en temps une résurgence mais ce n’est vraiment rien du tout, comparé à se retrouver dans la rue entourée de dix paparazzis. Ça a beaucoup pesé dans ma décision de quitter le 20 heures, pour échapper à cette pression-là. Moi je suis journaliste, je ne me suis jamais prise pour une star de la télé. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait un tel énervement sur ma vie ou ma façon de m’habiller dans la rue ou à la plage. Tout cela fait partie du passé et tant mieux.

Il vous reste des rêves à réaliser, à part celui de venir vivre en Suisse, au calme?

Ma passion pour l’info n’est toujours pas assouvie. Pourtant ça fait 30 ans que je fais ça, mais j’adore l’info, j’adore la politique, j’adore être à l’antenne et faire des interviews politiques. C’est ce que j’aime par-dessus tout dans ce métier.

Pour l’instant je suis encore dans la vie active, très active, avec une belle rentrée. On est en 2019, la présidentielle s’amorce quand même pour 2022, les municipales approchent, on va avoir quelque chose de vraiment très intéressant. On vit, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, une recomposition de la vie politique à laquelle on n’était pas préparé. Et vivre ça de l’intérieur… Je suis très très impatiente de voir ce qui va se passer et de voir comment ça va se dérouler.

Pour l’instant, pas de calme non, pas tout de suite. Niveau équilibre, j’ai deux grands enfants qui vont très bien et un petit que j’adore, donc tout va bien. J’ai deux jambes: ma jambe professionnelle, ma vie personnelle, si l’une des deux ne va pas, je ne vais pas. Là, l’harmonie règne, donc c’est parfait.

L'émission «Ça se dispute» est diffusée du lundi au vendredi à 17h sur Cnews. Avec Swisscom TV Air, vous profitez gratuitement de Swisscom TV sur votre ordinateur, votre tablette et votre Smartphone. Ainsi, vous pouvez regarder Swisscom TV, vos enregistrements inclus, où que vous soyez.

Philippe Revaz en images

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