Leona Winter: «Quand je suis Leona, je suis toujours Rémi, moins timide»

De Laura Campisano/AllTheContent

21.8.2019

Le transformiste Leona Winter, demi-finaliste de «The Voice».
AllTheContent / Leona Winter

Premier artiste transformiste à participer à la 8e édition du célèbre télé-crochet sur TF1, Leona Winter, alias Rémi Solé ne fait qu’un avec son alter ego féminin. Honnête et entier, le jeune homme a vécu cette aventure comme un véritable tremplin.

Le grand public vous a découvert dans «The Voice», depuis vous enchaînez de nombreux projets artistiques, notamment internationaux, diriez-vous que c’est grâce à votre travail en amont ou que c’est cette émission qui vous a propulsé?

Je dirais que c’est avant tout le travail accumulé, les expériences, sur scène et en télévision, y compris musicalement, qui amènent des projets intéressants. J’ai la chance d’avoir un CV qui commence à s’allonger petit à petit, donc les producteurs ont de plus en plus confiance en moi, ils sont sûrs de ce qu’ils auront. «The Voice» a donné une visibilité et créé un tremplin pour aller encore plus loin.

En effet, votre palmarès est impressionnant, un télé-crochet remporté au Chili («The Switch Drag Race»), demi-finaliste de «The Voice» en France, Miss Europe Continental 2017… Vous savez tout faire?

Disons surtout que je fais ce dont j’ai toujours eu besoin: depuis l’âge de 8 ans, j’ai pris des cours de chant et ce jusqu’à 20 ans, de théâtre, de technique vocale et je continue d’ailleurs toujours me former. Toutes ces activités me sont indispensables.

Comment êtes-vous senti, tout au long de l’émission «The Voice»?

Il n’y a vraiment que du positif, tout ce qu’on ne voit pas est vraiment la meilleure partie de «The Voice». Les autres talents ont été extrêmement bienveillants avec moi, ça s’est très bien passé. Evidemment il y a le côté impressionnant de Leona, son charisme, son maquillage, ses tenues, ça peut imposer une distance, qui tombe vite quand on parle avec moi. Certains ont été impressionnés au début, mais dès qu’on a commencé à faire de la musique ensemble, à évoluer ensemble, ils se rendaient bien compte qu’ils avaient affaire à la même personne.

Comment Leona est-elle née?

Leona est née en Espagne, il y a 7 ans, jour pour jour, à Sitges où avec mon mari nous avons monté notre cabaret. C’est là que je me suis révélé en tant qu’artiste de scène, c’était un exutoire de monter sur scène. On vivait à côté, puisque je suis originaire de Perpignan, on passait nos vacances régulièrement à Sitges, et on a décidé de reprendre ce cabaret, ça s’est fait sans calcul précis, par besoin de faire sa vie ailleurs qu’à Perpignan. Nous l’avons vendu en 2017, quand ma carrière a commencé à prendre de l’ampleur, et ça m’a permis de gravir les marches plus vite, on y retourne de temps en temps, pour travailler notamment.

Quel a été le déclic pour apparaître sous les traits de Leona, plutôt que Rémi?

Je pense que nous avons tous, qu’on soit artiste ou PDG, une face publique et une face privée. On utilise des aspects de notre personnalité en public et d’autres en privé. Ce qui fait la différence, c’est que dans la vie de tous les jours et sur scène, je suis la même personne, je suis quelqu’un d’authentique, je ne joue pas un personnage. Quand je suis Leona, je suis toujours Rémi, en moins timide, mais toujours sincère et honnête, ce n’est pas une caricature.

Pour faire émerger Leona de vous, avez-vous appris le métier de transformiste?

J’ai appris tout seul, je n’ai pas eu de «drag-mother», j’ai grandi auprès d’autres artistes qui m’entouraient à Sitges et en Europe, en prenant un peu de chacune pour faire la meilleure version de moi. Je continue d’évoluer en regardant ce qui se fait ailleurs, en m’inspirant de ce que je trouve beau et en essayant sur moi.

Le transformisme est un monde fascinant, qui donne au public l’impression que toute personne peut être qui elle veut, finalement..

C’est exactement ça, c’est même plus que ça: il faut être qui on est! Il faut rester qui on est, même si ça déplaît. Le but de toute vie, c’est d’être soi-même. En étant Leona, je fais tomber la barrière de la timidité, elle a plus de cran que Rémi, je dirais.

Comment avez-vous choisi ce nom d’artiste, Leona Winter?

C’est tout d’abord un hommage à Leona Lewis, qui a remporté «X Factor» aux Etats-Unis et dont je suis très admiratif. Au départ j’avais choisi «Miss Leona». Puis comme j’ai gagné des concours de Miss, il a fallu que je modifie mon nom de scène. Et comme c’était le grand boom de la série «Game of Thrones» aux Etats-Unis au moment où je suis arrivé pour l’élection de Miss Univers et que leur slogan était «Winter is coming», j’ai voulu marquer mon arrivée de cette manière. Et puis, je voulais absolument avoir les mêmes initiales que mon mari (Lorenzo Werner).

Lorenzo est d’un grand soutien pour vous, votre histoire d’amour vous porte aussi dans cette grande aventure?

Cette histoire d’amour dure depuis bientôt 10 ans, j’ai grandi avec lui, je me suis développé, épanoui grâce à lui. Depuis 10 ans, c’est un soutien, une aide, dans tous les choix qu’on faits ensemble, une protection aussi. Je n’en serais jamais arrivé là si Lorenzo ne m’avait pas soutenu, évidemment.

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Est-ce pour cela qu’on sent autant de générosité quand Leona est sur scène?

Ce que j’essaie de faire à chaque fois, c’est montrer ma gratitude à toutes les influences que j’ai, que j’utilise: Lorenzo, mes parents, les femmes et les hommes qui ont une vraie puissance, ou une extrême douceur. Je dédie chaque instant du show à ceux qui ont créé le titre que j’interprète, également.

D’une certaine manière, on peut dire que Leona est universelle?

Leona, c’est l’expression de toutes mes influences, de mes racines. Tout le monde pourrait avoir sa Leona, et pourrait être artiste tout simplement, il suffit juste d’être en accord avec soi-même, et dire: «voilà, moi je suis untel, qui s’est construit de telle et telle manière, et regardez, c’est moi». Alors oui, dans mon cas, ça passe par la femme mais ça marche aussi pour les «drag kings», des femmes qui artistiquement ont besoin de s’exprimer à travers l’homme.

Vous concevez vos performances comme un acte engagé?

Mon engagement c’est surtout de démontrer qu’il faut rester soi-même dans la vie, le plus important c’est le regard qu’on porte soi sur soi-même, et il ne faut pas avoir peur de le montrer. Et à ceux qui ne l’accepteraient pas, j’ai envie de leur dire: «on ne vous agresse pas, on veut juste être et vivre libres, comme vous». Je ne me permettrais jamais de parler pour une majorité de personnes, je ne les connais pas. Je délivre mon message à bon entendeur, je ne l’impose à personne.

Artistiquement, êtes-vous influencé par les autres transformistes, comme Conchita Wurst ou vous les regardez de loin?

On ne se connaît pas, on s’est croisé, avec Conchita. L’inspiration ne me vient pas des gens qui font partie de ma «communauté». Je vais plutôt aller chercher des gens comme Céline Dion, Slimane ou Stromae, qui ont des messages universels à faire passer, et j’en fais autant à travers eux. Disons que je pense que si je m’inspirais de gens qui sont déjà dans ma communauté, ça ne la ferait pas avancer. Tandis qu’en m’inspirant du monde en soi, c’est là où justement on arrive à faire avancer une communauté… même si je n’aime pas ce mot, pour moi on est tous dans la même «communauté».



En effet, Leona apparaît plutôt glamour, que créature artistique…

C’est ce que j’ai cherché à garder avant tout: l’humanité de Leona, son naturel. C’est pour ça que je ne fais pas de maquillage trop exhubérant, que je reste assez femme dans mon personnage. Alors que je pourrais être beaucoup plus créature, je pense que ça créerait une barrière avec les gens et je ne veux pas ça, je veux vraiment rester accessible.

Quel rapport entretenez-vous avec le public, justement?

Avec ceux qui viennent me voir, ça se passe évidemment très bien. Les détracteurs ne vont pas venir me déranger dans la vraie vie, vu que mes spectacles sont payants, ils ne vont pas payer pour faire du mal. C’est pour ça qu’Internet est un moyen facile, pour distribuer de la méchanceté gratuite… J’ai la grande chance d’avoir Leona, qui plaît aux gens et ne crée pas de gêne. Les critiques ne me gênent pas plus que ça, évidemment il y en a, mais je n’y fais pas plus attention que ça. Moi, ce que je fais c’est être moi-même, je ne vais pas changer pour qui que ce soit.

Et sur les réseaux sociaux?

Tout dépend du réseau… Sur Instagram par exemple, ce n’est que des propos bienveillants. J’observe que Twitter est plutôt utilisé comme défouloir pour beaucoup de personnes, et c’est pour cela que je ne vais jamais sur ce réseau.. C’est mon community manager qui s’en occupe. Qu’on soit faible ou fort moralement, c’est une façon de se préserver. Pas la peine de se faire du mal pour rien. Mais face à des réactions très hostiles, j’en ai fait les frais à l’école quand j’étais petit, eh bien on regarde devant, on avance. C’est notre envie de vivre qui prend le dessus, on avance et on oublie. On met tout ça dans des cases dans notre tête qu’on ferme à double tour, qu’on n’ouvre que si on en a besoin.

Est-ce cette quête incessante du bonheur qui vous a amené à vous engager dans des causes qui vous tiennent à coeur?

Oui, ce serait très égoïste de ne pas faire profiter de la visibilité que ma carrière peut apporter. Je fais partie des parrains et marraines de l’Association «Juste Humains» qui organise des événements artistiques dans les hôpitaux pour les enfants malades. L’enfance est un sujet qui me touche énormément. Au Chili, je suis également la marraine d’une association qui vient au secours des animaux abandonnés, un peu comme la SPA chez moi en France. J’espère pouvoir faire plus, mais je ne veux pas non plus être la marraine de toutes les associations. Ça demande beaucoup d’énergie, et surtout, si je décide de «marrainer» je veux vraiment le faire à 100%. En tout cas, le cœur y est toujours, dans tout ce que je fais.

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