Les Jeux olympiques de Milan-Cortina se sont achevés dimanche après deux semaines de compétitions riches en émotion et en faits marquants, durant lesquels la délégation suisse a glané 23 médailles. Franjo von Allmen a rayonné dans un Bormio morose, tandis que d’autres athlètes ont fait face à la cruauté de l’événement. Voici ce qu'on a retenu de ces JO passés entre Bormio, Livigno et Milan.
On a aimé...
Le triplé olympique de Franjo von Allmen
On attendait Marco Odermatt, on a eu droit au récital de Franjo von Allmen. Grand favori, le génie nidwaldien s’est fait voler la vedette par le «chien fou» de Boltigen, auteur d’un triplé historique en descente, super-G et combiné par équipe. «On peut dire que ce furent des Jeux olympiques parfaits. Je pense que dans quelques jours, cela me paraîtra encore plus spécial et que je comprendrai vraiment ce qui s'est passé», a reconnu «FvA» après son troisième titre. Il a ainsi égalé les légendes Toni Sailer, Jean-Claude Killy et Janica Kostelic, seuls skieurs triplement dorés sur une même olympiade.
Pour sa part, même s’il a quitté Bormio sans or, «Odi» a réussi ses JO, lui qui a décroché trois nouvelles breloques (l’argent en combiné par équipe et en géant et le bronze en super-G), en plus de celle en or glanée il y a quatre ans à Pékin en géant. «Trois médailles, c'est incroyable. J'étais présent à chaque course, peut-être pas à 100%, mais toujours à 99%. C'est ce qui m'a permis d'être aussi régulier», a reconnu celui qui est le skieur suisse le plus médaillé de l’histoire.
Le sourire de Noémie Wiedmer
Retenez bien son nom. Du haut de ses 18 ans, la snowboardeuse Noémie Wiedmer a marqué les esprits à Livigno même si elle est rentrée les mains vides. En cross, tant sur l’épreuve individuelle (4e) que sur celle par équipe (6e), la Bernoise a brillé alors qu’elle ne concourt en Coupe du monde que depuis décembre 2024. Et malgré une médaille en «chocolat» frustrante, elle arborait un large sourire face à la presse et se disait «très fière» d’atteindre ce niveau pour sa première expérience olympique.
«C’est super positif. Je termine mes premiers JO avec deux super résultats et je me réjouis de la période à venir», a reconnu la native du Simmental, médaillées d’or en 2024 aux Jeux olympiques de la jeunesse. On prend déjà rendez-vous pour dans quatre ans !
Les hockeyeuses suisses
En se rendant quelques jours à Milan, on s’imaginait vibrer devant l’équipe de Suisse masculine de hockey sur glace et les nombreuses stars venues de NHL. Au final, ce sont les Suissesses, médaillées de bronze, qui nous ont procuré le plus d’émotions. Dans une petite finale au suspense insoutenable face à la Suède (2-1 ap), Alina Müller a fait lever les foules au bout de la prolongation pour permettre aux Helvètes de réitérer leur exploit de Sotchi 2014, où cette dernière et sa coéquipière Lara Stalder étaient déjà présentes sur la glace.
«Elles nous montrent le chemin que nous, les plus jeunes, on essaye de suivre. Je pense qu'on a bien réussi à suivre leur exemple», expliquait Laure Mériguet, qui vivait ses premiers JO du haut de ses 17 ans, au sujet de ses deux illustres consœurs. Avec une équipe encore juvénile, à l’image de la défenseure genevoise, on ne doute pas que la troupe de Colin Müller, qui va quitter son poste de sélectionneur, va faire parler d’elle ces prochaines années.
Le Snow Park de Livigno
Construit de toutes pièces dans la station proche de la frontière suisse, le Snow Park a fait l’unanimité auprès des journalistes romands et des fans rencontrés. En plus de la beauté du site, sur lequel se sont déroulées les épreuves de ski freestyle et de snowboard, Livigno a «transpiré» l’esprit olympique. Notre confrère du site spécialisé SkiActu.ch, Laurent Morel a estimé que ce Snow Park était «le plus beau du monde, même plus que celui d’Aspen», au Colorado, la «Mecque» de ce sport où se tiennent les X-Games. C’est peu dire.
On a moins aimé...
Bormio
A contrario, Bormio a fait bien pâle figue à côté de son voisin situé à une heure bus dans la Valteline. On a ainsi eu de la peine à retrouver une ambiance digne des Jeux olympiques. En accueillant seulement les épreuves de ski alpin la première semaine et le ski alpinisme en fin de cette quinzaine, la station thermale a semblé bien isolée. Des gradins qui n’affichaient pas complets, des rues quasi-dessertes les jours sans compétition, aucune véritable «fans zone» ou place de fête officielle... la vie à Bormio contrastait largement avec celle de Livigno, rythmée par les Jeux.
Contacté par nos soins, l’office du tourisme de Bormio s’est néanmoins dit «très satisfaits de la fréquentation», qui s’élevait à «75% de remplissage» au milieu de la quinzaine. «L'ambiance à Bormio est vraiment merveilleuse, très internationale, animée et enthousiaste. Les activités organisées dans le village, notamment la retransmission des compétitions sur écran géant sur la Piazza Cavour et les événements parallèles, remportent un vif succès et attirent un grand nombre de touristes et d'habitants», nous a-t-on répondu. «Tout cela confirme que Bormio, après plus de quarante ans de courses sur la piste du Stelvio et trente ans d'épreuves en Coupe du monde de ski alpin, prouve une fois de plus qu'elle est une destination tout à fait capable d'accueillir des compétitions de niveau international.» Mais pour l’ambiance, on repassera.
Les fans helvétiques dépossédés de leurs cloches
C’est l’une des décisions des organisateurs qui a fait passablement grincé des dents les supporters helvétiques venus sur place. Leurs traditionnelles cloches se sont vues refusées l’entrée des sites de compétition, en raison de la «pollution sonore». Cela a ainsi contribué à une atmosphère un peu plus timorée, notamment lors de certaines épreuves de ski alpin. Par ailleurs, des fans ont dû retirer la hampe de leur drapeau ou se sont vus dépossédées du dossard à l’effigie de leur athlète préféré à cause de la présence de sponsors non-officiels de Milan-Cortina.
Certains ont malgré tout trouvé des combines pour s’introduire avec leur cloche ou autres objets du parfait supporter. «Les Suisses, on n’est pas les plus bruyants, mais on est probablement les plus malins», avait alors déclaré au micro de la «RTS» Pablo Lachat-Couchepin, membre de l’équipe suisse de curling où les cloches font également partie du paysage.
La détresse d’Andri Ragettli et d’Alexis Monney
Les JO peuvent également se montrer cruels avec certains athlètes. Andri Ragettli et Alexis Monney en ont fait l’amère expérience. Au pied du podium il y a quatre ans à Pékin lors de l’épreuve de slopestyle en ski freestyle, le Grison a vécu la même désillusion à Livigno. «Mon monde s’écroule», nous a-t-il avoué, les yeux encore embués par un flot de larmes.
Pour le Fribourgeois, la frustration était également grande au moment de dresser le bilan de ses Jeux. Annoncé parmi les favoris sur une piste du Stelvio où il avait obtenu son premier podium et sa seule victoire en Coupe du monde en 2024, Monney n’est pas parvenu à répondre aux attentes placées en lui, terminant 5e en descente et 10e en super-G. «Je n’arrive pas à retirer du positif. Je suis déçu, mais bon... c’est la vie. Je sais que j’aurais pu faire quelque chose. Je pense que ça fait partie de l’expérience à avoir», avait-il lancé, au bord des larmes, après sa dernière course. Le dur revers de la (non) médaille...